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L'ORDRE des CHEVALIERS du TEMPLE de JERUSALEM
et le PAYS GÂTINAIS

par Henri PERRUCHOT

Dessin de Pierre Brochard

Cet article est extrait du Bulletin de la 40e foire-exposition de Montargis - juillet 1973


Cette saison, une fois de plus, la mode revient aux "Templiers". L'opinion leur accorde un regain d’actualité. L'édition et la presse, écrite ou parlée, en font leurs choux gras.
il faut reconnaître qu'en temps de pénurie ou de vacances, ils constituent, avec les "Cathares" ou le "Serpent de Mer" un excellent sujet à exploiter. D'autant plus facilement que plus on manque de documentation et plus il est facile de le traiter avec assurance et autorité.
En réalité, nos connaissances précises sur le sujet sont fort générales et imprécises. On ne sait guère les localiser de façon authentique dans l'espace. Les noms qui se réfèrent aux "Templiers" ne manquent pas. Mais il y a longtemps que l'on a oublié les raisons de ces appellations. On ne s'aventure que rarement à identifier un Templier d'un nom authentique d'homme et de famille. Dans beaucoup d’esprits, ces chevaliers sont représentés sous la forme vague de ces "ombres" floues, errantes, imprécises, quelque peu fantomatiques, que les poètes de l'antiquité faisaient intervenir, au long de leurs œuvres et qui s'évanouissaient, dès que l'on tentait de s'approcher et de les saisir. Ces ombres flottaient dans une atmosphère d’héroïsme, de martyre et de légende.
Ils n'avaient rien de légendaire, cependant.
L'autre dimanche, la Société d'Emulation de Montargis avait fait un déplacement à Sens pour retrouver la trace de Monuments antiques. Alors qu'ils étaient au "Palais Synodal ", dans les locaux de l’Officialité, ses membres entrèrent dans quelques cachots. En l'un d'eux, il y avait un évêque et un chevalier du Temple. Ils étaient là, depuis plus de 600 ans, immobiles. Leurs traits figés avaient été gravés dans la paroi sombre d'un mur par un malheureux, qui y avait été détenu assez longuement pour qu'il pût enfoncer profondément dans la pierre le trait de son dessin. M. Gilles Ambroes dut utiliser à plusieurs reprises son "flash" pour tenter d'obtenir une reproduction photographique de ces images.
L’officialité de l’archevêché de Sens avait eu à connaître du cas des chevaliers du Temple du diocèse, vaste comme une région, et de ceux du Gâtinais, qui dépendaient de Sens.
Qui étaient-ils donc ?
On eut risqué de ne pouvoir rien répondre à une telle question, si, vers le même temps, à la Bibliothèque Durzy, de la Mairie de Montargis, l'on n’avait remis à jour un ouvrage publié, sur de très beau papier, en 1841, par M. Michelet, et dont les deux volumes, reproduisent, en 1068 pages, le texte établi par les notaires-greffiers du procès, au cours duquel de 1307 à 1309, furent interrogés et entendus une grande partie de ces religieux, qui avaient été arrêtés et incarcérés, sans aucune discrimination, et parfois torturés.
Il y avait là une mine de renseignements, où l'on pouvait espérer découvrir les noms de personnages de notre région gâtinaise.


L'affaire des templiers

L'ordre des chevaliers du Temple de Jérusalem avait été fondé, en 1119, à l'issue de la première croisade, par neuf chevaliers, dont le chef était Hugues de Pains, et qui avaient décidé de demeurer en Terre Sainte, pour assurer la défense des lieux Saints et la sécurité des chrétiens, qui s'y rendraient en pèlerinage.
Saint Bernard les y avait encouragés.
Ils avaient vite recruté des compagnons. En 1128, le Pape Honorius III dotait leur costume d'un grand manteau blanc, orné, un peu plus tard, par le Pape Eugène III, d'une croix rouge. Ils avaient reçu leur règle en 1179 et ils relevèrent directement du Pape.
Dès lors, leurs établissements se multiplièrent : en terre sainte, d'abord, et aussi dans les pays chrétiens d'Europe, la France et l'Allemagne fournissaient des sujets nombreux.
Leur activité s'étendait à la défense, à la sécurité des pèlerins et de la Palestine. Leur grande place d'armes était à Chypre. Leurs bases en tous les points nécessaires pour la liberté de la navigation sur tout le bassin de la Méditerranée.
A leurs fonctions religieuses et militaires, ils avaient été amenés par les circonstances, en raison de la multitude de leurs établissements, et de l'implantation de ces derniers, à s'intéresser aux opérations commerciales de leurs compatriotes, et à jouer un rôle de banquiers, analogue à celui qu'avaient tenu les Juifs et les Lombards. Ils étaient devenus fort riches. Leur revenu annuel était estimé à 54 millions de francs-or. Au début du 14e siècle, leur effectif s'élevait à 20 000 chevaliers répartis en quinze provinces, dont 4 en Orient. En France, ils détenaient des commanderies ou des baillies en de très nombreux points.
Leur puissance et leurs richesses devaient provoquer l'envie du roi de France, Philippe le Bel, petit-fils de St Louis. Celui-ci, à la suite de multiples incidents qu'il avait eus avec le Pape Boniface VIII avait été frappé d'excommunication. Il en avait appelé au Concile. Son appel avait été appuyé par les évêques du royaume, qui étaient, plus ou moins, ses créatures. Les représentants des Templiers lui avaient accordé leur appui, avec une réserve manifeste. Boniface VIII une fois disparu, Philippe-le-Bel réussit à faire élire Pape l'Evêque de Bordeaux, qui prit le nom de Clément V et une fois établi en Avignon,, ne sut rien lui refuser.
Le roi de France résolut de réduire et de détruire la puissance des Templiers, et obtint l'appui de Clément V dans ce but.
En 1305, le Pape et le Roi, décident de rappeler de Chypre, où il se trouvait, le grand maître de l'ordre, Jacques de Molay.
Par un lent travail d'intrigues, le roi constitue contre les Templiers un dossier d’accusations par lesquelles on reprochait à ces moines-soldats toute une série de crimes ou de délits, qui demandaient justice, s'ils apparaissaient justifiés.
Le roi réussit à faire partager au Pape ses préventions.
En octobre 1307, le roi et le Pape réunis à Poitiers, décident, pour en finir, de procéder à une enquête sur les faits délictueux imputés aux religieux. Le Roi mettra la force à la disposition de la justice ecclésiastique dans ce but.
Il agira comme bras séculier du Pape. Il agit sans retard et sans ménagements. Jacques de Molay, qui vit alors à Paris, et parait bien en cour auprès du roi, puisqu'il a été le parrain d'une fille de France, est arrêté au Temple de Paris, avec 140 chevaliers, et emprisonné comme eux. La police royale arrête en France et emprisonne tous les chevaliers du Temple qu'elle peut saisir et qui ne se sont pas sauvés. Par décision du Pape, les biens de l'Ordre du Temple sont confiés au roi de France, pour le service de la Terre Sainte.
Restent libres les chevaliers de l'Ordre, qui sont établis et vivent, hors de France.
Il est plus difficile de les neutraliser.
En août 1308, Clément V institue par une bulle une commission d'enquête, qui doit opérer dans toute la Chrétienté. Il l'adresse aux archevêques de Cantorbéry, Mayence, Cologne et Trêves, et les invite à procéder rapidement à ces travaux. Il décide en effet qu'il prononcera son jugement en 1310, lors d'un Concile qu'il convoquera à Vienne en Dauphiné.
L'information de ce vaste procès traîne en France. Tous les Templiers vivant dans le royaume sont en prison, à quelques exceptions près. Certains sont torturés. Quelques uns avouent les crimes qu'on leur reproche. La plupart protestent. Le roi s'efforce de diviser les esprits des prisonniers et de vaincre par des promesses ou des menaces leur résistance. Certains faiblissent. Jacques de Molay, le grand Maître lui-même accepte de composer. Le 22 novembre 1309, il comparait devant les commissaires ecclésiastiques, proteste et demande à être entendu par le Pape.
La liste des griefs relevés contre les Templiers est longue. Elle comprend une centaine d'articles, plus ou moins graves, depuis le reniement du Christ, l’idolâtrie, le culte du chat, la profanation de la Croix, du sacrement d'Eucharistie, les pratiques superstitieuses ou de sorcellerie, le refus de l’hospitalité et de l'aumône, l'appréhension du bien d'autrui, les tenues secrètes de chapitres et d'assemblées, les brimades déshonnêtes lors des réceptions, etc.
Ces accusations révoltent les prisonniers. Ils se refusent à voir déshonorer l'ordre auquel ils appartiennent. Le 28 mars 1310, 540 d'entre eux déclarent aux commissaires qu'ils entendent défendre leur Ordre. On les invite à choisir des procureurs pour parler à leur place, puis, on les élimine peu à peu.
Et l'on procède lentement à l'audition comme témoins accusateurs de tous ceux qui, par faiblesse , crainte ou ambition, ont jugé prudent de composer et de se faire réhabiliter.
Ces auditions durent longtemps. Ce sont elles qui sont enregistrées au "Procès des Templiers ".
Le Pape s'impatiente de la lenteur de ces procédures, car approche le moment du concile prévu pour octobre 1310.
On bâcle tout. En octobre, un petit concile se réunit à Paris. Il prononce plusieurs absolutions, ceux qui en bénéficient sont soumis à des pénitences. 54 chevaliers sont condamnés à être brûlés vifs et le sont près de l'abbaye de St Victor ; 9 autres le sont à Senlis, sur l'ordre du roi, qui a refusé d'accorder le délai de réflexion d'un jour demandé par Les juges ecclésiastiques.
Hors de France, le procès s'est déroulé autrement. L'Ordre a été acquitté en juin, à Ravenne, en juillet à Mayence, en octobre à SaIonique et en Aragon. Il en a été de même, au diocèse d'Elne en Roussillon.
Le Pape est impressionné.
Peut-être éprouve-t-il des remords et craint-il une réaction de la chrétienté. Il sent le besoin de se débarrasser de ce fardeau. Sans que le Concile se soit tenu, le 2 juin, la commission chargée de l'enquête en France, décide de clore ses travaux et dépose au Trésor de Notre Dame, le plumitif de ses audiences, avec consigne de ne le communiquer à quiconque, sans l'ordre du roi ou du Pape. Cette consigne sera tenue durant des siècles.
Enfin, le Concile de Vienne peut se tenir en 1311. Trois cents évêques y participent. Devant eux, se présentent neuf templiers résolus à défendre leur ordre. Ils prétendent agir au nom de 1200 à 2000 de leurs frères qui sont réunis près de Lyon. Clément V les fait arrêter sur l'heure et ajourne la tenue du Concile.
Puis, le 21 mars, en un simple consistoire, hors concile, contrairement à ses promesses, décide la dissolution de l'Ordre des Templiers.
Le Concile se borne à entériner cette décision du Pape en présence du roi, sans aucune opposition.
Il n'empêche qu'il reste des Templiers dans le monde libre et en prison.
C'est le cas de l'ex grand maître, qui y est détenu à Gisors, jusqu'en 1314.
On l'amène devant une commission ecclésiastique, le 2 mars, ainsi que 4 autres grands chefs. On leur lit leurs aveux et ils s'entendent condamner à la détention perpétuelle. Jacques de Molay et le commandeur de Normandie déclarent alors désavouer les aveux qu'on leur a extorqués. Les juges décident alors de renvoyer leur jugement au lendemain. Les prisonniers sont confiés au Prévost de Paris. Le roi ne l'entend pas ainsi. Il fait le soir même dresser un bûcher place Dauphine, en l’île de la Cité et sans se soucier de l'opinion des juges, y fait monter Jacques de Molay.
Le poète Godefroy de Paris raconte ainsi son supplice : "Le Grand Maître, qui vit le feu préparé, se dépouilla sans hésitation - je le rapporte comme je l'ai vu - il se mit tout nu en chemise, lestement et de bonne mine, sans trembler nullement, quoiqu'on le tirât et le secouât fort. On le prit pour l'attacher au poteau et on lui liait les mains avec une corde, mais il leur dit "Seigneurs, au moins laissez moi un peu joindre mes mains et faire à Dieu ma prière, car c'en est bien le moment. J'ai maintenant à mourir. Dieu sait que c'est à tort. Il en arrivera bientôt malheur à ceux qui nous condamnent sans justice. Dieu vengera notre mort."

Le procès des Templiers trouvait là son terme.
Le 20 avril suivant , quarante jours plus tard, Clément V mourait. Philippe le Bel, son complice, le suivait dans la mort, le 20 novembre suivant.
Demeuraient incarcérés dans les geôles des prévostés royales, un nombre indéterminé des anciens de cette Légion Internationale de la Chrétienté d'Occident physiquement diminués, prématurément vieillis, moralement abattus sans espoir, qui continuaient d'y croupir dans la misère, jusqu'à ce que la mort leur fasse la grâce de venir les délivrer.
Quelques uns parvinrent-ils à rejoindre au travers de l'Europe libre, leurs anciens camarades ?
Voilà encore un mystère qui n'a pu être réellement élucidé.
Depuis, la réhabilitation officielle de Jeanne d'Arc a été effectuée. La raison d'Etat et les motifs financiers ont toujours interdit de réclamer celle-ci aux esprits tentés de la demander.
L'opinion publique, moins administrativement formaliste et plus généreuse, l'a proclamée, depuis longtemps.


CE QUE L'ON VOIT AU LIVRE du PROCES DES TEMPLIERS

L'ouvrage du "Procès des Templiers", dont il est question plus haut, est le registre des actes de la parodie de justice que dressèrent scrupuleusement et dans les formes légales de la procédure criminelle, les notaires-greffiers désignés à cet effet, et parmi lesquels d'ailleurs se trouvait un archidiacre du diocèse d'Orléans, nommé Amisius, dit "Le RETIF".
Ce document livre nombre de renseignements intéressants.
On y voit des Evêques, miséricordieux, redoutant de pousser les choses à bout, entendre les inculpé, les confesser, les absoudre, les réconcilier et prêts à les réintroduire dans la société et à les récupérer, même s'ils doivent les laisser encore quelques semaines, sous la main du roi.
A sa lecture, on ne peut éviter de relever que l'ordre des Templiers comptait plusieurs catégories de gens dans une hiérarchie, solidement constituée le Grand Maître, les Maîtres, les Commandeurs de Baillie, les "Preceptores", chefs de maisons individuelles, les Chevaliers, les Prêtres-Chapelains, et les "servientes", ou hommes d'armes, servant, artisans, agriculteurs et travailleurs de toute espèce. Ces hommes apparaissent généreux dans leurs engagements, fiers d'appartenir à un corps d'élite, modestes, pénétrés de la nécessité d'obéir en toutes circonstances à leurs chefs, débordants de confiance en eux, respectueux de toute autorité celles du Pape, du Roi, de leur grand Maître, prêts à tous les sacrifices, conscients de leur devoirs et animés d'un esprit de dévouement absolu. Moines-soldats, physiquement robustes, plus rompus aux exercices des armes et aux travaux de garnison ou rustiques qu'aux contestations dialectiques, se révèlent d'une ingénuité congénitale en face des clercs intellectuels, qui les entraînent dans des formalités insidieuses, maîtres qu'ils ont en manipulation des traquenards habituels de la basoche éternelle.
A l'origine leur ardeur verbale à défendre l'honneur de l'Ordre, auquel ils croient, et dont ils continuent de porter avec fierté, jusque dans les cachots, les insignes tombés en loques, leur grand manteau, blanc comme la pureté de leur âme, marqué de la croix, rouge comme le sang de leurs artères, qu'ils sont prêts à répandre, cette ardeur est violente.
Puis, on voit leur moral se dégrader lentement au cours de leur captivité les déceptions les entraîner vers le désespoir, et venir enfin leur abandon total, une abdication absolue d'eux-mêmes et de tout ce qui avait été jusqu'alors leur raison de vivre, leur acceptation de tout et de n'importe quoi, même de se reconnaître coupables de fautes qu'ils ont pleine conscience de n'avoir pas commises, pour sortir enfin de l'enfer, de la nuit dans laquelle ils se sentent abandonnés et recouvrer au moins les apparences de la liberté, dans un fatalisme d'indifférence.
Incidemment apparaissent entre eux les discordances ethniques entre gens de la France du Nord et personnes de l'Occitanie, lorsqu'il s'agit d'entreprendre des démarches pour la défense d'intérêts communs et la recherche de moyens propres à remédier à la catastrophe collective.
L'homme, même brave, même puissant, démasque dans sa réalité l'immensité de sa faiblesse.
On y rencontre aussi, et c'est reposant, quelques textes rédigés non en latin, ni en français du moyen âge, mais en langue "occitane" émanant de chevaliers méridionaux pour présenter leur défense et aussi, une longue et humble prière en latin du prêtre Elie Aymeric invoquant à son secours toutes les puissances célestes.
Quant aux détails précis touchant les conditions de détention des prisonniers, ils abondent.
Mais surtout, ce document nous livre des précisions concernant les noms des détenus et les localités. Il a été possible d'y relever une partie de celles touchant le Gâtinais. Les voici.


LE TEMPLE EN GÂTINAIS

En ce qui concerne les établissements du Temple, la collecte n'est pas copieuse. Le chasseur doit souvent battre beaucoup de terrain sans lever de grosse pièce et se contenter de merles, de grives, sinon de casquettes. L'essentiel est de pas rentrer complètement bredouille.
La maison de Bellevue en GÂTINAIS (Bellum Visum). En 1294 Jean de Cormeilles, alors âgé de 46 ans, a été reçu dans l'ordre dans la chapelle de cette maison sise en Gâtinais du diocèse ce Sens.
La Maison d'Orléans. Le preceptor de cette maison était Réginald de Pruino, prêtre, originaire du diocèse de Sens, vraisemblablement, reçu dans l'ordre en 1292, âgé de 28 ans, dans la maison du Temple de Pruino. Il fut en 1309 un des défenseurs des Templiers emprisonnés à Paris et élu par eux dans ce but.
La maison de Joigny. Jean de Siry, prêtre, avait été reçu dans l'ordre à l’âge de 28 ans, dans la maison du Temple, près de Joigny, par Jean de Baina, précepteur de la maison de Coulours, et en présence de Fr. Dominique, de Divion, précepteur et gardien de la maison de Joigny
La Maison de Montbouy et celle de Chambeugle.
Il en sera question plus explicitement dans la suite.
La ville de MONTARGIS est citée au cours de la déposition de frère Pierre de Loyson. Celui-ci explique qu'il ne porte plus le manteau, parce qu'il a dû l'utiliser pour s'en faire une tunique, alors qu'il était détenu près de Montargis et sans vêtement.


Les hommes du Gâtinais et de la région

La liste de leurs noms est assez fournie. On les trouvera ci-dessous groupés par diocèses. Ces noms sont reproduits dans la procédure en noms latins. On trouvera ici sous la forme française ceux qu'il a été possible de traduire de façon presque certaine, et sous la forme latine des actes, ceux pour lesquels un doute pourrait intervenir.
Voici cette liste.
Le territoire de l'arrondissement de Montargis dépendait pour la plus grande partie du diocèse de Sens, et, dans de beaucoup moindres proportions, des diocèses d'Auxerre et d'Orléans.

Diocèse de SENS
Jacques de CHAMARD,
Robert de MONTBOUY,
Raigner de CERAN,
Jean de PRUINO,
Etienne de PRUINO,
Jean de TOURTEVILLE,
Geoffroy d'ETAMPES,
Jean de BRANSLES,
Egidius de CHAMINO,
Pierre de CHAURINO,
Arnolphe de SANCY,
Robert de DORMEILLES, prêtre,
Jean de SIVRY,
CONSTANTIN curé de Collatoriis,
Simon de FORI en BERRY,
Robert d'EGREVILLE,
Robert LE BRIYAIS,
Laurent de BRUGNO.
Jean de BRUGNO, précepteur de Nurella,
Jean de COLLATORIIS,
Réginald de LANDEVILLE.

Diocèse d'AUXERRE
Etienne BESSUS,
Pierre CROCHET,
Guillaume LE CHAT,
Henri de LA CHARITE,
Symon TESTEFORT,
Jean FORT DEVIN,
Henri de PRESSIGNY.

Diocèse d'ORLEANS
Réginald de PRUINO,
Gérard BORLETA,
Pierre de BELINAY,
Gérard de CAME,
Guillaume ARDOIN.

Diocèse d'AUTUN
Ce diocèse s'étendait, par le Morvan, vers le Nord, jusqu'à Vézelay.
Etienne de PRANEDO,
Pierre de LATHAVAL,
Clément de BOULAY,
Jean de FOURS,
Hugues de SAINT CHRISTOPHE,
Pierre de BUCY, prêtre,
Guy de THOMAS,
Guillaume de SAINT LEONARD,
Pons de PEDAGIO,
Guillaume de GOURIBAN,
Jean de COBIENTI,
Hugues BOSSA,
Lambert de THYRY,
Etienne de PARAY le MONIAL,
Jean de SIENY,
Guillaume des TROISFONTAINES,
Martin de VARENNE,
Guillaume GIBERET.

Diocèse de NEVERS
Seguin de DIENNE,
Jean de CHANTELOUP,
Gauthier de CHAMPALLEMENT,
Etienne de PATINGES.

Diocèse de BOURGES
Jean de FONTENET,
Pierre de VATAN,
Pierre de BONS, chevalier,
Guillaume AYMARD,
Jean MAURI,
Etienne TROBATI,
Jean LE GAS,
Etienne LOZII,
Etienne de RIPERIE, chevalier,
Mathieu GANDELIN,
Jean GANDELIN,
Jean LIGOSSE,
Pierre GUERTELLI,
Pierre LOER,
Pierre PICARD,
Michel de SAINTE SOLANGE.


Les TEMPLIERS de MONTBOUY

Le plumitif du procès en cite deux, à propos desquels on dispose de plus de renseignements : Jean de THARA ou de TARA et Robert de MONTBOUY.
Jean de THARA était en 1307, lorsqu'il fut arrêté, "preceptor" de la maison du Temple de Montbouy. Dans les Ordres religieux, dont les membres étaient frères on évitait l'usage de termes indiquant une supériorité. Les Frères-Mineurs appelaient leurs chefs de maisons des "gardiens", les Templiers des "preceptores" c'est-à-dire des hommes qui faisaient passer les consignes, on dirait aujourd'hui des "responsables". Dans leur titre n’apparaissait l'idée que de la fonction de non de la dignité.

Il était né vers 1267, et était entré dans l'Ordre des Templiers à 46 ans et avait été reçu prés de Beauvais, en la chapelle de la maison du Temple par le Fr. Robert de Saint Pantaléon "preceptor" de cette maison, en présence de Garin de GRANDVILLIERS, passé, depuis à Chypre et Pierre de CORMEILLES et Jean LE CAMUS. Par la suite, il avait passé par la Maison du Temple de Paris, où il avait assisté à la réception dans l'ordre des frères de RENAVAL et Richard SCOT, par le Fr. Hugues de PENRADO visiteur de France.
Devenu responsable de la maison du Temple de Montbouy, il avait eu à recevoir dans l'ordre, en la chapelle de la maison du Temple de Chambeugle, les frères Pierre de CLERMONT et Jacques de VlLPARlSlS en 1300 et 1302, en présence des frères Guillaume LE PARIER, Henri BOLARD, Jean PEYNET et Hugues DAVID, prêtres, d'une part, et Mathieu de TELLEY, Pierre de LONSO, Daniel de PARISIS, prêtres d'autre part. Il avait eu l'occasion de rencontrer à propos des rites de ces réceptions Gérard de Villars, ancien preceptor et devenu un chevalier de haut rang universellement respecté dans l'ordre, qui lui avait rappelé la nécessité d'observer scrupuleusement les rites lors des cérémonies de ce genre.

Il avait partagé le sort de tous ses collègues en 1307, avait été arrêté et incarcéré. Son manteau s'était usé au cours de sa détention et il avait dû renoncer à le porter. A Sens, où il était détenu avant d'être transféré à Paris, il avait été entendu en confession par l'évêque d'Orléans, qui l'avait absous et réconcilié, lors du petit concile qui s'y était réuni. Il n'avait cependant pas été libéré et avait dû se présenter devant les commissaires enquêteurs de Paris. Il se présenta, le 17 décembre 1309, quelques jours après la comparution et les aveux du Grand Maître Jacques de MOLAY. Il n'avait pas l'intention de contredire l'inquisiteur et s'expliqua fort longuement sur tous les articles d'accusation qui lui étaient opposés et dont il se reconnaissait coupable. Il le fit d'ailleurs avec une réelle prudence, évitant avec soin de donner des motifs d'inculpation pour les collègues et ne citant de ceux-ci que ceux qui vivaient outre-mer ou étaient décédés et se trouvaient en sûreté, hors de la main du roi. L'enquête ajoute qu'il n'était pas illettré, qu'il entendait le latin et que les commissaires enquêteurs lui avaient pour ces motifs, interdit de confier à quiconque le sens de son interrogatoire, dont les éléments étayaient la thèse de l'accusation. Il n'en fut pas pour autant libéré sur l'heure. Ce fut le dernier préceptor de Montbouy. L'on ne sait ce qu'il devint après 1312. Un autre Templier est cité. Il est originaire de Montbouy et porte le nom de ce pays : Robert de Montbouy.
Il indique qu'il est né vers 1267 et a été reçu dans l'Ordre des Templiers en 1291, en la maison du Temple, de la baillie de Prunay, par Simon de Quincy, preceptor de cette maison et en présence de Guillaume de Brayes et de Egidius MONACHE, chevaliers. Il avait été arrêté, comme tous, en 1307 et transféré à Paris. Aux premiers mois de sa captivité il s'était montré un farouche défenseur de l'honneur de l'ordre. Il était alors détenu a la maison du Temple de Paris. Il eut l'occasion de se confesser à un religieux de l'Ordre des Frères Mineurs, qui lui refusa l'absolution et le renvoya au Pape, en raison de la gravité de son cas. Cela dut le faire réfléchir, ainsi que l'annonce des aveux de Jacques de Molay, en novembre 1307. Il revenait donc sur ses dispositions, et, faisait connaître qu'il se désistait de l'intention de défendre l'ordre. Il avait fait lui-même, devant les enquêteurs, une déposition du genre de celles qu'ils réclamaient pour étayer l'accusation, et qui ne comportait rien d'extraordinaire.
Le document n'indique pas le sort qui lui fut réservé après 1312.


Le chevalier Bertrand de SARTIGES

L'attention est attirée sur ce chevalier, non parce qu'il était d'origine gâtinaise, mais parce que son nom est exactement celui du Comte de Sartiges, aujourd'hui décédé et qui fut maire de Conflans.
Et aussi parce que ce fut un personnage très voyant et qui joua, avec honneur, un rôle important dans ce honteux procès des Templiers.
Bertrand de Sartiges était, en 1307, chevalier de l'ordre et preceptor de la Maison du Temple de Cari au diocèse de Clermont. On ne saurait que peu de choses de lui, Si, dès le rassemblement des Templiers prisonniers à Paris, il n'avait été appelé par ses pairs à porter la parole pour la défense de l'Ordre contre les accusateurs de ce dernier. On le trouve ainsi associé à tous les actes importants de la procédure durant la première partie de l'enquête. Il est alors détenu dans la maison de Ste Geneviève et est mandaté par l'ensemble des Templiers concentrés à Paris. Il a pour compagnons dans ses démarches, le procurateur de l'Ordre à Rome Pierre de Bononia, qui, venu en France, à la suite du Pape, a été mis "au trou" par le roy Philippe, ainsi que le prêtre Réginald de Pruino, preceptor de la maison du Temple d'Orléans. Ce sont les deux têtes pensantes et savantes de cette délégation. Près d'eux Bertrand de Sartiges et un autre chevalier, Guillaume de Chambonnent, qui a accepté le même mandat, se reconnaissent des ignorants "simples et illettrés",mais d'un dynamisme farouche. Durant quelques semaines, on les trouve partout, intervenant toujours par écrit et oralement pour défendre leurs frères, jusqu'au jour, où l'Inquisiteur trouvant sans doute leur intervention dangereuse, décapite l'équipe en faisant disparaître - on ne sait comment, - le meneur le plus dangereux, Pierre de Bononia, puis, sous un autre prétexte, quelques jours plus tard, Réginald de Pruino. Les deux chevaliers sont alors mis dans l'incapacité d'agir et disparaissent de la scène, après y avoir fait beaucoup de bon travail. Après une vie très active en Proche Orient, Bertrand de Sartiges était venu prendre une charge plus reposante au diocèse de Clermont Ferrand. Il était précédé d'une grande réputation militaire. C'est le Fr. Reynart de Bort, chevalier, preceptor de la maison "de Podio Nucis" au diocèse de Limoges, qui le rappelle, lors de son interrogatoire. Ce Reynart était d'une famille de "durs" des Templiers. Il avait été reçu dans l'Ordre par son oncle, chevalier, en présence de son père, chevalier lui-même, entré tard dans l'ordre. Dans son existence il avait assisté à la réception d'autres chevaliers et notamment, en Orient, dans le fort de Tortosa, à celle de Bertrand de Sartiges, par le chevalier Adée de Perucsa, alors preceptor et devenu depuis châtelain du Fort du Temple en ce même lieu. La cérémonie était en train. Bertrand de Sartiges avait fait toutes les promesses réglementaires. On lui avait mis aux épaules le manteau blanc, insigne de l'Ordre. L'on s'apprêtait à compléter les rites habituels, quand tout fut interrompu.
- Aux Armes ! criaient les sentinelles.
Les Sarrasins attaquaient la place, dont le gouverneur avait bien assuré la sécurité.
Il n'était plus question de cérémonie. On courut aux remparts. On se battit tout le jour et une partie de la nuit. Les Sarrasins étaient repoussés. Le jeune chevalier Bertrand de Sartiges avait bien étrenné ses premières armes.
Depuis, toute la province de France le savait. Il était respecté. La commission d'enquête l'entendit répéter par le chevalier Guillaume Textor, entre autres et par le chevalier Guillaume de MASAYE, des diocèses de Limoges et de Clermont qui s'honoraient d'avoir été reçus dans l'ordre par ce vaillant chevalier.
Toute sa droiture, tout son courage ne purent rien contre les astuces des juristes royaux et pontificaux. Ceux-ci le réduisirent à l'impuissance en moins de six mois. On ne lui fit même pas l'honneur de recevoir sa déposition. Le grimoire ne comporte aucun interrogatoire de Bertrand de Sartiges.
Il est vraisemblable qu'il disparut avec les 54 compagnons de Jacques de Molay, qui furent "rôtis" à Paris en octobre 1310.
Mais son honneur rejaillit encore après six siècles sur les jeunes qui portent son nom.

Ainsi nous apparaissent ces hommes de chez nous, avec leurs vertus et leurs faiblesses, dont on eut pour toujours oublié le nom et l'identité si un document de justice - même faussée - n'eut conservé leur souvenir.

Henri PERRUCHOT


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