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Aux portes des Amériques : Gy-les-Nonains
ou
la vie de Claude MITHON de GENOUILLY,
seigneur de Gy-les-Nonains et chef d’escadre

par Frédéric Pige
(pour contacter l'auteur, cliquez ici)
Cet article est extrait du Bulletin de la Société d'Emulation N°114, décembre 2000


La famille de Claude Mithon de Genouilly
Un seigneur en ses terres
Un marin au service de Sa Majesté
La vie sous la Révolution
Annexes : Carrières de
Jean-Jacques Mithon de Senneville
Stèle funéraire de Jean-Jacques Mithon de Senneville
Louis-Jean Mithon l'Ecossais
Robert Giraut du Poyet
Jean-Baptiste-Louis Leprevost-Duquesnel
Claude Mithon de Genouilly
Bref état des services de Claude Mithon de Genouilly
Mémoire sur la sortie des vaisseaux de Rochefort
Sources


De la discussion avec un autre chercheur au sujet des blasons de l’église de Gy m’est venue l’envie d’étudier la vie de Claude MITHON de GENOUILLY. Lorsque j’ai commencé mes recherches, je ne me doutais pas que Claude MITHON de GENOUILLY allait faire partie de mon quotidien et m’ouvrir l’esprit. Effectivement, il n’a pas été un jour sans que je pense à lui, à ses traversées sur l’océan Atlantique, à ses combats navals, à sa famille, elle-même plongée dans la découverte du Nouveau Monde. Mon sentiment était partagé entre rêve et admiration envers le courage et la passion d’un homme qui, il y a plus de deux cents ans, a réalisé des choses que je n’oserais entreprendre aujourd’hui avec les technologies modernes.

Cette étude m’a également rappelé ce qu’était vraiment l’Histoire, c’est-à-dire un ensemble de faits, d’événements, liés les uns aux autres, et qu’il ne faut pas dissocier sous peine de se tromper. Je me suis rappelé ces heures de cours, à l’université, qui me semblaient interminables à propos de sujets tels que la guerre d’indépendance d’Amérique, la colonisation.... Je ne voulais m’intéresser qu’à l’histoire du territoire national et plus spécialement au nôtre, au Gâtinais. Quelle erreur ! Je ne me doutais vraiment pas que l’étude d’un seigneur du Gâtinais m’amènerait à redécouvrir l’histoire de Saint-Domingue, aidé par le nouvel instrument de recherche mondial duquel j’étais si réticent : internet. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je m’aperçus que dans d’autres pays, des personnages oubliés ici faisaient là-bas l’objet de toutes les attentions.

Cette introduction ne vise pas à décrire l’histoire de ma propre recherche mais à ouvrir l’esprit de ceux, qui comme moi, ne regardaient le passé et le présent que d’un œil.


Etudier la vie d’un homme, c’est tout d’abord comprendre le milieu d’où il vient, ses origines familiales.

1) La famille de Claude MITHON de GENOUILLY

Claude MITHON de GENOUILLY est né le 6 octobre 1725 à Saint-Domingue, au Petit-Goave ou à Léogane ?

a) Les MITHON et GIRAUD du POYET

Les parents de Claude MITHON de GENOUILLY sont tous les deux nobles mais pas de longue date. Du côté paternel, c’est Richard MITHON, son arrière-grand-père, qui fut le premier à être anobli en 1620. Nous en ignorons la cause. Du côté maternel, c’est aussi son arrière-grand-père, Pierre GIRAUD du POYET, qui fut le premier à être anobli. Cette noblesse fut conférée par Louis XIV en reconnaissance de s’être battu " vaillamment contre les Anglais qui voulaient s’emparer de l’Isle Saint Christophe ".

Alors que son père et son grand-père paternel se sont orientés dans une carrière de gestionnaires, tout le reste de la famille, des deux côtés, suit une carrière de militaires, souvent dans la marine et presque toujours dans les Antilles à l’exception d’un oncle paternel, Charles Louis MITHON, qui est prêtre prédicateur ordinaire du roi et abbé commendataire de l’abbaye de Perseigne. Ainsi pouvons nous citer :

* Louis Jean MITHON L’ECOSSAIS, oncle paternel, qui fit une grande partie de sa carrière dans les Antilles françaises et qui fut gouverneur de la partie sud de Saint-Domingue en 1738 ;

* Robert GIRAUD du POYET, grand-père maternel, officier de la marine qui fut gouverneur de Grenade en 1723 puis de la Guadeloupe en 1727, marié à Marie Madeleine LEVASSOR de la TOUCHE. Il y a une très forte probabilité pour que celle-ci soit en famille avec celui qui deviendra Grand bailli d’Epée de Montargis : le contre-amiral La TOUCHE-TREVILLE que nous retrouverons plus tard ;

* Dominique GIRAUD du POYET, lieutenant colonel d’un régiment de milice à la Martinique, Charles François GIRAUD du POYET, lieutenant d’une compagnie de troupe de marine, Pierre GIRAUD du POYET, aide-major de la place du Fort Royal et Louis Antoine GIRAUD du POYET, capitaine de cavalerie en Martinique, qui sont ses grands-oncles maternels ;

* Gabriel GIRAUD du POYET, oncle maternel, qui fit carrière dans la marine ;

* Catherine GIRAUD du POYET, sa grand-tante, qui épousa François d’ANGENNES, marquis de MAINTENON, gouverneur de Marie Galante.

Terminons cette présentation de la famille en disant quelques mots sur son père. Jean-Jacques MITHON de SENNEVILLE est né en 1670 à Orléans. Après un début de carrière en France puis à la Martinique il part pour Saint-Domingue en 1708 où il occupera plusieurs postes à pouvoir dont celui d’intendant en 1718. Selon sa stèle funéraire, " il jeta les fondements d’une ville à Léogane, il y fit bâtir des églises, des magasins, des casernes, des batteries, un palais pour le Conseil supérieur, ... ".

En 1720 il est rappelé en France comme intendant de justice, police et finances de la marine et des fortifications de Provence au département de Toulon. Nous ne savons pas combien de temps il exerça cette fonction. Parallèlement il partage son temps entre la gestion de ses domaines en France et ceux de Saint-Domingue. En France, il possède plusieurs seigneuries dans la région de Savigny-le-Temple dont le château de la Grange qui est encore visible. A Saint-Domingue, il possède un très vaste domaine ayant sa propre sucrerie. Sa vie personnelle est, quant à elle, assez complexe ! Il fut marié en première noce à Marie Elizabeth GIRAUD DU POYET, la grand-tante de Claude MITHON de GENOUILLY, et en seconde noce à Marie Catherine GIRAUD DU POYET. En d’autres termes, il s’est remarié avec la nièce de sa première femme !

b) Les frères et soeurs de Claude MITHON de GENOUILLY

Claude MITHON de GENOUILLY a deux frères et trois soeurs connues :

* Marie Elizabeth Catherine MITHON est l’aînée de la famille et, contrairement aux autres, a pour mère la première femme de Jean-Jacques MITHON de SENNEVILLE : Marie Elizabeth GIRAUD du POYET. Lors de son mariage en août 1722 avec Jean-Pierre de MONTLIARD, marquis de RUMONT, elle est dite fille unique héritière de feu sa mère. Sa dot est de 140 000£ qui est un montant très important. Il est à signaler que parmi les témoins du contrat de mariage passé le 12 août 1722 se trouvent : Elizabeth Charlotte veuve de Philippe de FRANCE duc d’ORLEANS, Louis d’ORLEANS duc de CHARTRES, Louis Auguste de BOURBON duc du MAINE, Louis Alexandre de BOURBON comte de TOULOUSE, Louis de la TOUR d’AUVERGNE et Chrétien Louis de MONTMORENCY-LUXEMBOURG.

* Charles Gabriel, marquis de MITHON, capitaine aux gardes françaises. Il ne se maria point mais eut deux filles avec Adélaïde Théodore O’LARY.

* Jacques Louis de MITHON comte de SENNEVILLE, commandant de la partie ouest de Saint-Domingue.

* Catherine Marguerite MITHON femme de Pierre CHERTEMPS marquis de SEUIL.

* Louise Marie MITHON mariée avec Joseph marquis de CHAPONAY.

c) L’enfance de Claude MITHON de GENOUILLY

De son enfance nous ne savons pas grand chose. Il suivit certainement son père lors de l’inspection de ses domaines, découvrant ainsi le monde de la marine et des colonies. Sa famille semble aisée ; leur fortune réside principalement en des domaines coloniaux. Il est tentant de s’imaginer les veillées que vivait Claude MITHON de GENOUILLY, assis près du feu, écoutant quelques récits de mer démontée, de combats navals, de paysages extraordinaires... .

Avec un telle ascendance, la carrière de Claude MITHON de GENOUILLY était toute tracée : il sera marin au service de Sa Majesté. Aussi rentre-t-il à l’âge de 18 ans comme garde-marine à Rochefort le 14 décembre 1743.

A ce stade de la vie de Claude MITHON de GENOUILLY, nous avions le choix entre faire une reconstitution chronologique de sa vie ou une reconstitution thématique. Nous avons opté pour cette dernière solution qui permettra de mieux mettre en relief la vie d’un homme partagé entre ses terres et la mer.


2) Un seigneur en ses terres

Sa carrière de marin commençant, Claude MITHON de GENOUILLY devait trouver une femme pour lui assurer une descendance. Il trouva celle-ci dans son proche entourage.

a) Le mariage de Claude MITHON DE GENOULLY

Le 19 septembre 1750, Claude MITHON de GENOUILLY épousa dans la petite église de Gy-les-Nonains sa cousine : Françoise Marguerite LEPREVOST-DUQUESNEL, née à Gy le 29 mai 1730. Elle était fille de feu Jean Baptiste Louis LEPREVOST-DUQUESNEL. Officier marin, ce dernier fut gouverneur de Louisbourg sur l’Isle Royale (aujourd’hui Le Cap Breton) au Canada. Il avait acheté la seigneurie de Changy le 20 octobre 1728 à Louis LECOIGNEUX, fils de Marie Louise de COURTENAY, pour la somme de 80000£. Ce fut Françoise Marguerite LEPREVOST-DUQUESNEL qui en hérita et non un de ses frères. Nous n’en connaissons pas la raison. Sa mère est Marguerite GIRAUD du POYET, sœur de la mère de Claude MITHON de GENOUILLY.

On peut penser que Claude MITHON de GENOUILLY et Françoise Marguerite LEPREVOST-DUQUESNEL ont passé une partie de leur jeunesse ensemble.

Leur contrat de mariage est passé le 18 septembre 1750 à Gy. Ils se mettent alors sous la communauté de biens séparés.

Ils ont leur premier enfant très rapidement : Gabriel Claude naît le 14 octobre 1750, moins d’un mois après le mariage qui fut autorisé par l’évêque de Sens malgré le degré de consanguinité. Mariage d’amour, mariage d’urgence ?

b) La gestion de la terre

Etant amené à être souvent absent, le 18 mars 1752 Claude MITHON de GENOUILLY signe depuis Rochefort une procuration à sa femme pour qu’elle gère le domaine de Changy. Il n’apparaît donc que très rarement dans les minutes des notaires et les registres paroissiaux contrairement à sa femme. Il faut dire aussi qu’il passe une partie de son temps dans sa maison à Paris. Ainsi, il semble avoir de grandes périodes d’absences.

Les rares fois où Claude MITHON de GENOUILLY apparaît, c’est pour s’occuper de litiges concernant la jouissance de ses droits féodaux. En effet, il semble que ses vassaux aient pris la fâcheuse habitude de pêcher dans sa rivière. D’autres fois, ce sont les curés de la Selle-en-Hermois et de Saint-Firmin-des-Bois qui refusent de payer leurs redevances. Claude MITHON de GENOUILLY sort alors de ses archives des titres dont le plus ancien remonte à 1499. Enfin, certains refusent de payer leurs arrérages de cens et rentes. Il semble qu’il était très rigoureux sur le respect de ses droits féodaux. Il n’hésite pas à engager des procès et pour être sûr de ne perdre aucun de ses droits, il obtient de la chancellerie du Palais à Paris le 29 avril 1778 une lettre à terrier.

Le 25 septembre 1791, la Révolution étant passée par là, un vassal rachète les droits de lods et ventes, cens et rentes qui pèsent sur ses biens. Claude MITHON de GENOUILLY est obligé de consentir et déclare " n’accepter que comme forcé et contraint par les décrets de l’Assemblée nationale ". Cependant cette vue mérite d’être tempérée comme nous le verrons plus tard.

Le domaine s’accroît par des acquisitions de seigneuries effectuées par Claude MITHON de GENOUILLY. Ainsi achète-t-il en bail à rente perpétuelle, le 15 décembre 1769, la seigneurie de Gy aux dames de l’abbaye royale de Faremoutiers-en-Brie. Celle-ci comprend outre les bâtiments, 357 arpents de terre, près et vignes, 40 arpents de bois taillis, les droits de cens, rentes, chasse, rivière, moulin, haute, moyenne et basse justice et droit de présentation à la cure, autant de droits honorifiques que Claude MITHON de GENOUILLY semble apprécier. Ceci lui coûte 1880£ de rente annuelle dont 1800£ pour l’abbaye et 30£ pour les pauvres de la paroisse.

Le 4 décembre 1776, il achète à Barbe DUNAIRE le fief de Neuillan pour 31528£ 12s.

A chaque acquisition, il fait porter foi et hommage auprès du duc d’Orléans pour ses seigneuries.

c) Sa descendance

Claude MITHON de GENOUILLY aura quatre garçons et deux filles, ou quatre ... .

Comme nous l’avons déjà vu, l’aîné des enfants se nomme Gabriel Claude. Il naît à Gy moins d’un mois après le mariage de ses parents. Il meurt à l’âge de deux ans, le 27 décembre 1752 à Gy.

Ensuite vient Catherine Gabrielle née le 18 avril 1752 à Gy et dont nous reparlerons.

Treize mois plus tard, né un garçon mort-né à Gy le 31 mai 1753.

Quatorze mois plus tard, le 2 juillet 1754, naissent deux jumeaux à Gy, un garçon et une fille qu’il faut ondoyer au plus vite de peur qu’ils ne meurent. La fille meurt mais le garçon survit et se nomme Louis Philippe Agnès. Cependant il semble qu’il meurt assez rapidement mais pas à Gy.

Enfin, Antoine Gabriel naît le 28 janvier 1769 à Montargis mais il meurt lui aussi très jeune, le 6 août 1772 à Gy.

De ses six enfants, Claude MITHON de GENOUILLY n’en a plus qu’un, Catherine Gabrielle. Celle-ci se marie à Gy le 17 août 1773 avec Louis Achille de SALIS de SAMADE, fils de Guy Vincent de SALIS de SAMADE, baron du Saint Empire Romain, .... un beau mariage. La dot de Catherine Gabrielle se monte à 40000 livres. De cette union naît un enfant : Achille Gabriel Alexandre le 21 mai 1774 à Gy. Cependant le destin poursuit la descendance de Claude MITHON de GENOUILLY : sa fille meurt le 4 juin 1774 et son gendre le 22 juin 1774. Il ne reste plus que le petit-fils qui est élevé à Gy par une servante comme ses oncles et tantes décédés. Cette servante est Marie DAUCHY qui reçoit une pension viagère de 120£ par an lors de son mariage en 1779 par Françoise Marguerite LEPREVOST-DUQUESNEL " désirant reconnaître les peines et les soins qu’a pris ladite DAUCHY à nourrir et élever ses enfants ". Le destin poursuivant son œuvre, Achille Gabriel Alexandre de SALIS de SAMADE meurt accidentellement d’un coup de fusil le 22 novembre 1789. Nous ne savons pas ce qui s’est passé ce jour là, si c’est un accident de chasse ou autre. Les archives restent particulièrement silencieuses.

Il ne reste plus de descendance de Claude MITHON de GENOUILLY, à moins que... . Je profite de ceci pour relever l’attention du lecteur et pour ménager un effet de suspense qui, je le reconnais, ne se prête guère à une recherche historique. Veuillez m’en excuser. Je finirai cette partie en signalant que la plupart des enfants MITHON de GENOUILLY sont enterrés dans le choeur de l’église de Gy. La dernière à y avoir été déposée est Marguerite GIRAUD du POYET, la belle-mère de Claude MITHON de GENOUILLY, le 6 octobre 1780 malgré les arrêts du Roi interdisant toute inhumation dans le choeur des églises pour raison d’insalubrité. Le curé laissa une lettre dans le registre paroissial expliquant son geste : il le fit " par respect pour [son] seigneur et la mémoire de la dame " .


3) Claude MITHON de GENOUILLY, marin au service de Sa Majesté

Revenons en arrière dans la vie de Claude MITHON de GENOUILLY. Nous l’avions laissé en 1743 garde marine à Rochefort.

a) Le début de sa carrière

Alors qu’il sert depuis moins d’un an, il vit sa première guerre sur les flots : la Guerre de Succession d’Autriche. Louis XV déclara la guerre à l’Angleterre en 1744. Les deux camps s’affrontèrent près de Saint-Domingue et de la Martinique. Claude MITHON de GENOUILLY participa à " la malheureuse expédition sur l’Isle Angloise dite l’Anguille où nous perdîmes plus du tiers de notre monde et la moitié des officiers ". Il fut fait prisonnier en octobre 1747 sur le Severn après une lutte acharnée. La guerre s’achevant en 1748, il fut libéré et continua sa carrière. Devenu lieutenant de vaisseau le 15 mai 1756, il ne tarda pas à éprouver ses nouvelles fonctions dans la nouvelle guerre qui éclata : la Guerre de Sept Ans. Encore une fois elle naquit de tensions entre l’Autriche et la Prusse et de la rivalité franco-anglaise pour le contrôle de l’espace nord-américain. " Les Antilles reçurent de la Marine française un faible secours, alors que les Anglais décidaient de mener de pair la guerre sur le continent et la conquête des Iles-du-Vent ". Dans ces conditions, la marine française étant vulnérable, Claude MITHON de GENOUILLY fut fait prisonnier en 1758 sur le Prudent. La guerre s’acheva en 1763 mais il fut libéré avant la fin du conflit puisqu’il date une lettre de Changy du 20 décembre 1762.

La guerre finie, ses supérieurs lui donnèrent son premier commandement de vaisseau en décembre 1763 : la Garonne. Cependant ce commandement fut de courte durée car suite à un mémoire adressé aux bureaux de la Marine en juillet 1764, Claude MITHON de GENOUILLY est mis en prison avec son frère MITHON de SENNEVILLE car " plusieurs plaintes ont été portées contre lui par des capitaines marchands et autres qui ont été insultés ". Il est emprisonné à Rochefort du 12 août au 10 septembre 1764.

Après une traversée du désert, il réapparaît à Nantes pour superviser la construction de deux frégates de juillet 1766 à août 1768. En même temps, il prend le commandement de la Nourrice de novembre 1767 à mai 1768.

Nous perdons une nouvelle fois la trace de sa carrière jusqu’en 1777. Entre temps, nous savons qu’il monte en grade et qu’il tombe gravement malade " partie de l’année 69 j’ai été aux portes de la mort ".

b) Le sommet de sa carrière

Depuis 1776, de nouvelles tensions, préludes à une nouvelle guerre, se font sentir entre la France, l’Angleterre et les " Provinces Unies de l’Amérique " : ce sont les prémices de la guerre d’indépendance. Claude MITHON de GENOUILLY y participa activement : " depuis 1777 jusqu’en juillet 1783 je n’ai pas été trois mois désarmé, passant sans interruption d’un commandement à un autre, j’ai successivement commandé le Saint-Michel [1778], le Dauphin Royal [1779], le Protecteur [1781], le Magnifique [1781], la Couronne [1782], le Pluton [1783] ; j’ai non seulement commandé ces vaisseaux dans différentes armées, mais des divisions dans ces armées, et à leur rentrée, j’ai aussi commandé des divisions détachées pour diverses croisières, des escadres etc. ".

Le récit de Claude MITHON de GENOUILLY demande éclaircissement. La guerre d’indépendance se déroule sur deux plans : le blocus commercial et les combats navals.

*le blocus commercial : les Anglais formaient un véritable blocus autour des possessions françaises afin d’en détruire l’économie, d’en stopper le ravitaillement et d’obtenir leur capitulation. Il n’y a que très peu de navires marchands qui arrivent à passer au travers des mailles du filet. Des convois de navires marchands accompagnés de vaisseaux de guerre sont donc organisés.

Le 19 janvier 1782, Claude MITHON de GENOUILLY reçut l’ordre d’escorter un de ces convois. Il dispose de son vaisseau, la Couronne et de sept autres bateaux. Sa mission est de partir jusqu'à l’île Marie Galante. De là, il avisera s’il peut se rendre dans les ports de la Dominique et de la Guadeloupe. Son convoi part en février 1782 et arrive en Martinique en mars 1782 sans aucune perte ce qui est un véritable exploit. C’est certainement son plus beau fait d’arme et voici comment il le rapporte : " chargé de l’important convoi destiné à ravitailler l’Armée, à secourir nos Isles-du-Vent, alors dans la plus extrême détresse, je l’ai conduit sans aucune perte au port, à la vue de l’Armée ennemie sortie à dessein de l’intercepter ".

Mais à ce jour le plus beau allait succéder l’heure la plus sombre.

*les combats navals : outre l’accompagnement de convois de marchandises, Claude MITHON de GENOUILLY participe également à des batailles. Avant de continuer notre récit plus en avant, voici une petite explication du déroulement des combats. Le XVIIIè siècle maritime est marqué par une évolution tactique : le combat de la " ligne de file. C’est une ligne ininterrompue de vaisseaux protégeant leur proues et leurs poupes, faisant face à une autre ligne ininterrompue à une distance de 150 à 300 mètres, le combat mettant aux prises deux puissantes artilleries de flanc ".

Au cours de la guerre d’indépendance, Claude MITHON de GENOUILLY est confronté très souvent au feu ennemi. Ainsi prend-il part aux combats d’Ouessant le 27 juillet 1778 sous les ordres du comte d’ORVILLIERS contre l’amiral anglais KEPPEL (victoire française), de Grenade en mai 1779 (victoire française), et à différentes escarmouches dans les Antilles jusqu'à " la déplorable journée du 12 avril 1782 ".

Après son convoyage réussit du début de l’année 1782, Claude MITHON de GENOUILLY rejoignit les troupes de l’amiral de GRASSE qui jouaient au chat et à la souris avec les troupes de l’amiral anglais RODNEY. Ce 12 avril 1782, de GRASSE devait faire " sa jonction avec les Espagnols [alliés contre les Anglais] lorsqu’un de ses vaisseaux, le Zélé, en ayant abordé un autre pendant la nuit, se trouva dégrée, et hors d’état de suivre l’armée. Au lieu de le faire relâcher à l’une des îles françaises, dont il était fort près, ou même de le brûler après avoir fait recueillir l’équipage par ses frégates, il se détermina à se porter à son secours avec toute sa flotte. RODNEY, qui avait trente-huit vaisseaux de ligne, sut mettre à profit sa supériorité, et attaqua vigoureusement de GRASSE qui n’en avait plus que trente. Après un combat très vif et très sanglant, la flotte française fut défaite, et l’amiral fait prisonnier ".

Suite à cette défaite, Claude MITHON de GENOUILLY reçut, le 4 septembre 1782, ordre de se rendre au château de DOULLENS pour y être retenu. Sa détention dura quatre mois. Il passa devant le conseil de guerre de Lorient pour rendre compte de ce qui s’était passé. C’est à ce moment qu’il semble s’être fâché avec l’amiral de GRASSE lui faisant des reproches au cours de son audition. Le jugement rendu le 21 mai 1784 nous apprend que Claude MITHON de GENOUILLY était accusé d’avoir manqué à son devoir mais il fut déchargé " de toute accusation ". Quant au comte de GRASSE, il a porté lui aussi des accusations contre Claude MITHON de GENOUILLY lors du procès mais dans le mémoire qu’il a publié sur la terrible journée, il ne porte aucune accusation contre lui. On y apprend que Claude MITHON de GENOUILLY appartenait à la 1ère escadre commandée par de GRASSE lui-même et dans la 5ème division qui était composée de trois bateaux dont celui de de GRASSE. Il fut donc toute cette journée au cœur des combats.

La carrière de Claude MITHON de GENOUILLY ne s’arrêta pas là, il embarqua de nouveau, finissant la guerre d’indépendance. Après 1783, nous ne savons pas ce qu’il fait. Il semble qu’il ne reprend pas la mer. Il reçut la médaille de l’ordre de Cincinnatus pour sa participation à la guerre d’indépendance. Il fut fait chef d’escadre le 20 août 1784.

Claude MITHON de GENOUILLY avait un caractère entier, aimant le combat et ne mâchant pas ses mots. Preuve en est le mémoire qu’il envoie aux bureaux de la Marine en décembre 1762 de retour de sa capture par les Anglais. Ce mémoire s’intitule " Sur la sortie des vaisseaux de Rochefort et sur la station de l’escadre anglaise dans nos rades ". Il y montre toute sa fougue combative et son ingéniosité contre l’ennemi anglais. Il souhaite alors que la France, aidée par l’Espagne, aille envahir l’Angleterre !

1789 est la date où convergent vie seigneuriale et carrière maritime de Claude MITHON de GENOUILLY.


4) La vie de Claude MITHON de GENOUILLY sous la Révolution

a) la fin d’une carrière

En 1789, Claude MITHON de GENOUILLY a 64 ans et une vie déjà bien remplie. Avec la Révolution et les réformes qui l’accompagnent, il voit sa dernière promotion lui échapper : " au moment d’une réforme cruelle qui ôte tout espoir à un grand nombre d’anciens officiers ". Ce n’est pas faute de réclamer et d’envoyer des mémoires où il raconte ses états de service aux bureaux de la Marine.

En 1791, il leur écrit un nouvelle et dernière fois. Il adresse ses états de service qui doivent être " au moins par duplicata ", ainsi que l’objet de ses désirs : profiter " des grades récemment déterminés et limités par l’Assemblée nationale ". Il souhaite reprendre " le métier le plus dur " : " je suis très en état de servir encore [...], j’en ai le désir et la volonté, et que si mes services passés sont agréables à Sa Majesté, j’en offre et demande la continuation ". Il est aigri par le fait que " depuis la paix [1784], je me suis vu exclus de toutes [les grâces données], je n’ai pu même, malgré mes sollicitations me faire employer : les escadres d’évolutions ont été données à mes cadets [...]. Si j’ai été fait chef d’escadre en 1784, c’est à mon rang et confondu dans la foule de ceux qui avaient ou n’avaient pas servi. Désespéré de cette défaveur et d’une partialité aussi marquées... ".

Y a-t-il eu conspiration contre Claude MITHON de GENOUILLY ? Est-ce les restes de la " déplorable journée du 12 avril 1782 " et de l’animosité envers l’amiral de GRASSE ?

Coupé du monde de la mer, il doit se retrancher dans sa vie de " ci-devant seigneur " dans sa terre de Gy.

b) le ci-devant seigneur et la municipalité de Gy

En tant que noble et donc suspect à la Révolution, Claude MITHON de GENOUILLY doit prêter des serments républicains les 14 août et 3 septembre 1792 avec sa femme. En permanence surveillés, leurs descriptions physiques sont consignées dans les registres de délibérations de Château-Renard et de Gy en 1793 :

Claude MITHON de GENOUILLY a 68 ans, " taille d’environ 5 pieds 4 pouces, cheveux et sourcils bruns, yeux gris, nez bien fait, front haut, visage plein ".

Françoise Marguerite LEPREVOST-DUQUESNEL a 63 ans, " cheveux et sourcils châtains, yeux bleus, nez et bouche bien fine, menton rond, visage plein et front bien fait ".

Les agents municipaux montent souvent au château pour contrôler l’état des récoltes, les écuries, les armes et les archives.

Malgré ces visites fréquentes, il semble que Claude MITHON de GENOUILLY s’adapte très vite à la Révolution. Ainsi renonce-t-il devant notaire le 22 octobre 1793 à tous ses droits ci-devant féodaux et censuels sans indemnité. Ceci est en complète contradiction avec la vente forcée de ces mêmes droits en 1791.

Il semble complètement intégré à la communauté puisqu’il conserve assez longtemps ses armes et ses archives. Il remettra ces dernières sans aucune difficulté.

Le 15 septembre 1793, il remet ses médailles et diplômes des ordres de Saint-Louis et Cincinnatus.

Le 20 brumaire an II, il paye volontairement une taxe révolutionnaire de 4000£. Ses revenus sont alors estimés à un peu moins de 15000£ par an sur lesquels il faut déduire 1000£ qu’il donne pour les pauvres.

C’est lui qui rend la justice à Gy selon le désir de tous les citoyens.

Le 20 floréal an II, il redonne 400£ pour les défenseurs de la patrie.

Tous ces dons sont-ils des témoignages de soutien à la Révolution, à la guerre contre les puissances ennemies ou des mesures pour acheter une tranquillité ?

Claude MITHON de GENOUILLY passe la plupart de son temps à Gy mais il lui arrive aussi de se rendre à son domicile parisien. C’est au cours d’un de ces déplacements, le 17 germinal an II, qu’il se fait arrêter par le Comité de sûreté générale de Paris et est emprisonné chez BELLEHOMME, 90 rue Charonne. C’est alors un immense cri de soutien qui explose à Gy. Pas moins de 36 personnes, la plupart chefs de famille, ainsi que le maire envoient des pétitions pour faire libérer Claude MITHON de GENOUILLY.

Les habitants de Gy déclarent qu’il " s’est toujours comporté de manière à donner preuve de son civisme et a secouru les malades pauvres en les faisant traiter par des chirurgiens, leur donner telle que bouillon, vin, linge et ayant toujours eu chez lui des vieillards et les a nourri jusqu'à leur fin leur ayant toujours servi de père de famille, en tous temps [...]".

Quant au maire, il rappelle les actions de Claude MITHON de GENOUILLY

Considérant que le citoyen MITHON GENOUILLY a toujours remplis les intentions des lois telle la prestation des serments des 15 août et 3 septembre tant qu’aux Directoire de Montargis que notre municipalité, avait payé toutes les impositions don patriotique, d’avoir donné volontairement à la loi révolutionnaire 4000 livres, des chemises, souliers, bas pour les volontaires et 50 livres de sucre pour les pauvres du chef-lieu de canton,

considérant qu’il a payé volontairement pour l’impôt forcé la somme de 5000 livres auquel il ne devait que 953 livres 13 sols,

considérant qu’il a toujours donné quelque chose aux volontaires,

considérant qu’il a été fait des fréquentes visites et notamment une par plusieurs commissaires nommés par le citoyen NIGNON délégué du représentant du peuple LAPLANCHE dans le département du Loiret et par le juge de paix de Montargis auquel ils ont rien trouvé de suspect et lui ont remis tous les papiers côtés et paraphés,

considérant que dans l’année de 1790 vieux style il a toujours donné son blé quoi qu’ayant toujours mené au marché à 20 sols meilleur marché qu’il ne valait, [...] ".

Il semble que la pétition fut entendue puisqu’il fut relâché le 10 vendémiaire an III.

Le 15 pluviose an IX, Claude MITHON de GENOUILLY refuse la place de conseiller municipal " vu son grand âge et infirmité qui l’accompagne ".

Claude MITHON de GENOUILLY était donc très bien intégré dans la vie locale et apprécié de ses concitoyens. Il est cependant difficile de savoir ce qu’il pensait de la Révolution.

Passant donc la plupart de son temps dans son domaine de Gy, il s’y occupait à gérer ses biens, et en particulier, sa sucrerie près de Léogane sur l’île de Saint-Domingue.

c) la gestion de la sucrerie

Avant 1791, nous n’avons pas trouvé de trace de la sucrerie dont Claude MITHON de GENOUILLY avait hérité de son père. Or, en 1791, les noirs commencent à se rebeller. De là viennent tous les problèmes qui agitent Claude MITHON de GENOUILLY. Face aux événements, il écrit aux bureaux de la Marine le 13 février 1792 afin de faire protéger ses biens par les troupes françaises, ce qui lui sera refusé. Dès lors, rares seront les correspondances où il ne racontera pas ses malheurs de riche propriétaire colonial.

En 1793, le 28 septembre, dans une lettre adressée à BEDU, président du Comité de surveillance de Château-Renard, pour l’avertir qu’il fait un don patriotique de 3000£ en assignats et 100 pistoles en numéraires, il n’oublie pas de dire " quoique presque toute ma fortune soit à Saint-Domingue, qu’elle ait été totalement renversée, sans ressource aucune pour l’avenir vu la proclamation qui y rend tous les nègres libres... ". Dans une autre lettre adressée au même Comité le 24 brumaire an II : " on avait proposé à Chateaurenard de me demander du sucre à acheter, je n’en vends ni n’en achète mais j’en donne volontiers [...] il vient directement de mes ci-devant possessions qui par la plus inconcevable négligence des bureaux de la Marine ont été d’abord saisies (j’en ai une copie) comme émigré [...], depuis les possessions ont été totalement perdues pour moi par la récente révolution du mois d’août dernier, ce qui m’enlève plus du 5/6è de ma fortune ... ".

Combattant pour l’abolition de l’esclavage, Toussaint LOUVERTURE organisa une guérilla et s’allia aux Anglais. Ce n’est que lorsque la Convention décida de rendre leur liberté aux noirs en 1794 que Toussaint LOUVERTURE se remit au service de la France. Les troubles, l’occupation anglaise stoppèrent donc la sucrerie. Le retour au calme annonçait la reprise de la production. Cependant, il fallait d’abord remettre sur pied le domaine. Claude MITHON de GENOUILLY chercha désespérément un régisseur digne de confiance. Il passa une première procuration le 23 thermidor an V, une seconde en l’an VII, une troisième en l’an VIII, une quatrième en l’an IX et une cinquième en l’an X. Voici la tache qui était à réaliser selon la dernière procuration en faveur de Thomas Jean Louis Joseph MARLIANI, propriétaire à Saint-Domingue : se rendre sur l’habitation MITHON établie en sucrerie située à la Petite rivière, quartier de Léogane, île Saint-Domingue ; en prendre possession ; faire lever les séquestres ; faire expulser toutes les personnes étant en indue possession de quelques biens meubles ou immeubles ; attaquer en justice tous ceux qui ont indûment joui du domaine pour les faire rembourser ; gérer la propriété ; y faire tous les travaux nécessaires ; visiter l’usine à sucrerie, moulin et autres ; faire examiner les cannes à sucre, en planter ; envoyer un mémoire de la situation ; passer des marchés ; employer du personnel ; et " concerter sur tout ce que dessus avec le contre-amiral de la TOUCHE-TREVILLE commandant les forces maritimes de l’Etat à Saint-Domingue, son fondé de pouvoir provisoire pendant tout le temps qu’il restera dans l’île ".

La TOUCHE-TREVILLE, parent ou collègue, s’occupa donc des biens de Claude MITHON de GENOUILLY. Cependant, ce ne fut qu’un court répit car Napoléon, désireux de rétablir l’esclavage, lança une vaste opération militaire en 1802 qui se transforma en désastre et en l’indépendance autoproclamée de l’île en 1803.

Claude MITHON de GENOUILLY était donc un gestionnaire attentif de ses biens coloniaux et y travaillait certainement souvent comme l’atteste les deux plans de l’habitation Mithon retrouvés dans son cabinet de travail après sa mort.

Ainsi, à la fin d’une vie tumultueuse, où Claude MITHON de GENOUILLY a perdu tous ses enfants et son petit-fils, son poste de marin, la plus grande part de sa richesse dans les îles, les droits honorifiques qu’il semblait tant apprécier, que lui reste-t-il ? Deux filles ?

d) l’adoption de ses filles

Un des frères de Claude MITHON de GENOUILLY, Charles Gabriel MITHON, eut deux filles avec une demoiselle O’LARY qui " était digne et par son origine et par ses qualités personnelles ". Or, celui-ci n’eut pas le temps de les reconnaître : " tout était préparé pour leur union [Charles Gabriel MITHON et Adélaïde Théodore O’LARY] lorsque la mort vint surprendre Charles MITHON, avant qu’il ait pu légitimer ses filles... ". Charles Gabriel MITHON mourut dans les bras de Claude MITHON de GENOUILLY en lui recommandant ses enfants. Claude MITHON de GENOUILLY n’ayant plus d’héritiers directs, que des nièces, décida d’adopter les deux filles de son frère. Ceci fut enregistré officiellement le 6 nivose an V à la mairie du IVè arrondissement de Paris.

Déjà, depuis septembre 1792, Adélaïde Théodore O’LARY sa belle-sœur, vivait à Changy. Le 23 germinal an III, elle déclare résider sans interruption à Changy depuis le 20 vendémiaire an II. Il y a alors sa description : âgée de 30 ans, " taille de 5 pieds 5 pouces, cheveux et sourcils blonds, yeux bleus, nez retroussé, bouche petite, menton rond et court, visage ovale et blanc ". Ah la belle femme !

Le 12 avril 1807, la fille adoptive aînée, Adélaïde Caroline, donnera naissance à un enfant nommé Charles. Le père se nomme Jean Charles RIGAULT. Lorsqu’il se trouve en Charente ou ailleurs que dans le Loiret, il se fait appeler RIGAULT de GENOUILLY, empruntant la particule à sa femme alors qu’il n’est absolument pas noble ! Le petit Charles sera connu sous le nom Charles RIGAULT de GENOUILLY, ministre de Napoléon III et non comme descendant de la famille MITHON, personne ne s’étant jusqu'à présent douté de la supercherie !


Nous voilà presque arrivés à la fin de cet article. C’est donc le cœur gros que je suis obligé de vous annoncer le décès de Claude MITHON de GENOUILLY, ancien chef d’escadre, ancien seigneur de Gy, le 23 mars 1803. Cependant, il y a un épilogue.

Claude MITHON de GENOUILLY avait fait un testament le 7 germinal an VIII et un codicille à son testament le 21 germinal an VIII dans lesquels il déshéritait tous ses héritiers au profit de ses filles adoptives. Or la loi permettant cela ne fut adoptée que le 25 germinal an XI, soit 24 jours après son décès. Ses nièces lésées, JAUCOURT et SEUIL, firent un procès pour récupérer leur part. Mais elles furent déboutées au profit des filles adoptives par la décision du tribunal civil de 1ère instance de Montargis du 29 pluviose an XIII. Celles-ci héritèrent également de la sucrerie à Saint-Domingue. En 1826, elles se battaient pour obtenir l’" indemnité de Saint-Domingue " : la France accepta de reconnaître l’indépendance de Haïti en 1825 contre une indemnité de 150 millions or redistribuée aux colons dépossédés. Celle-ci sera payée. Charles RIGAULT de GENOUILLY revint au pays mais ceci est une autre histoire que vous communiquera M. BAUMGARTNER sur les blasons de l’église de Gy.

Françoise Marguerite LEPREVOST-DUQUESNEL quant à elle mourut le 3 septembre 1810 dans son domaine de Changy. Ce sont ses neveux et nièces, LEGARDEUR de REPENTIGNY, qui héritèrent de ses biens.


 ANNEXE 1

Carrière de Jean-Jacques MITHON de SENNEVILLE

1690 : écrivain principal à Rochefort

1690 : écrivain principal à Blaye

1692 : écrivain principal à Libourne

1697 : commissaire à la Martinique

1698 : commissaire ordinaire à la Martinique

1702 : réformé

1703 : commissaire en charge à la Martinique

1708 : ordonnateur à Saint-Domingue

1713 : subdélégué de l’intendant à Saint-Domingue

1716 : commissaire général à Saint-Domingue

1718 : intendant à Saint-Domingue

1720 : intendant à Toulon


 ANNEXE 2

Stèle funéraire de Jean-Jacques MITHON de SENNEVILLE à Savigny-le-temple

 Haut et puissant seigneur Jean-Jacques MITHON, chevalier seigneur de la Grange-la-Prévôté, Genouilly, Plessis et autres lieux, conseiller d’Etat, intendant des Isles-sous-le-Vent de l’Amérique. Il a jeté les premiers fondements d’une ville à Léogane, il y a fait construire des églises, des magasins, des casernes, des batteries, un palais pour y tenir le conseil supérieur, et plusieurs autres bâtiments, il a été regardé comme le fondateur de la colonie française de Saint-Domingue : il y a maintenu le calme et la tranquillité. Rappelé en France il a été fait intendant de justice, police et finance de la marine et des fortifications de Provence au département de Toulon. Pendant 50 ans qu’il a servi les rois Louis XIII et Louis XIV, il s’est toujours comporté avec une équité, un désintéressement, une capacité et un zèle pour le service de Dieu, du Roi et de l’Etat qui lui ont attiré une estime générale, le roi l’a honoré d’un brevet de conseiller d’Etat. Il est mort le 30 juin 1737 et a été inhumé le 1er juillet suivant dans cette chapelle qui lui avait été concédée et à ses hoirs et ayant causes par Messieurs les Grands maîtres et commandeurs de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, du consentement de messieurs les curés et marguilliers de cette paroisse où il a fondé à perpétuité une messe de Requiem tous les vendredis pour le repos de son âme. Il a aussi fondé à perpétuité dans la chapelle de son château de la Grange, une messe tous les dimanches et fêtes de l’année, le tout ainsi que le contient l’acte passé devant Me DERVELLE notaire à Paris le 28 février 1739. Priez Dieu pour le repos de son Ame. Charles Louis MITHON son frère, prêtre prédicateur ordinaire du Roi et commendataire de l’abbaye royale de qui a fait poser ce monument pour marquer le souvenir de son cher frère.


ANNEXE 3

Carrière de Louis-Jean MITHON L’ECOSSAIS

1 décembre 1694 : cornette de carabiniers

13 mars 1698 : mousquetaire noir

1er janvier 1701 : expectative d’enseigne à la Martinique

1er mars 1703 : enseigne

12 mars 1703 : nouveau garde-marine

20 avril 1706 : lieutenant

24 novembre 1709 : lieutenant à Saint-Domingue

14 décembre 1710 : capitaine

19 novembre 1720 : Major à Léogane

14 août 1724 : lieutenant du Roi

5 août 1737 : lieutenant du Roi au Petit-Goave

1er novembre 1738 : gouverneur de la partie sud de Saint-Domingue


ANNEXE 4

Carrière de Robert GIRAUD du POYET

15 octobre 1693 : enseigne à la Martinique

1er novembre 1696 : capitaine

23 avril 1720 : major à Marie-Galante

8 mai 1720 : commandant à la Grande Terre (Guadeloupe)

25 mars 1721 : lieutenant du Roi

16 avril 1721 : lieutenant du Roi à la Trinité

1er décembre 1722 : lieutenant du Roi au Fort Royal

1er novembre 1723 : gouverneur de Grenade

1er novembre 1727 : gouverneur de la Guadeloupe


ANNEXE 5

Carrière de Jean-Baptiste-Louis LEPREVOST-DUQUESNEL

1er février 1703 : garde-marine à Brest

1704 : perd la jambe gauche et a la jambe droite raccourcie de 3 doigts sur le vaisseau le Foudroyant sous les yeux du Comte de Toulouse au combat de Malaga

1er novembre 1705 : enseigne de vaisseau à Toulon

25 novembre 1712 : capitaine de brûlot

17 mars 1727 : lieutenant de vaisseau

1er octobre 1731 : capitaine de vaisseau à Rochefort ou Brest

1er septembre 1740 : gouverneur de l’Isle Royale


ANNEXE 6

Carrière de Claude MITHON de GENOUILLY

14 décembre 1743 : garde-marine à Rochefort

1er avril 1748 : enseigne de vaisseau

15 mai 1756 : lieutenant de vaisseau

1er février 1770 : capitaine de frégate à Toulon

18 février 1772 : capitaine de vaisseau à Rochefort

1er mai 1772 : capitaine du Deuxième bataillon de Saint-Malo

29 avril 1779 : brigadier des armées

20 août 1784 : chef d’escadre

Embarquements

1744 : l’Apollon

1745 : l’Amphitriste

1746-1747 : la Mégère

octobre 1747 : le Severn

1752 : la Seine

1756 : le Capricieux

1756-1757 : le Duc de Bourgogne

1757 : le Prudent

décembre 1763-juillet 1764 : commandant de la Garonne

novembre 1767-mai 1768 : commandant de la Nourrice

1778 : commandant du Saint-Michel

1779 : commandant du Dauphin Royal

1781 : commandant du Protecteur

1781 : commandant du Magnifique

1782 : commandant de la Couronne

1783 : commandant du Pluton


ANNEXE 7

Bref état des services de Claude de MITHON, chef d’escadre

" J’ai donné plus d’une fois l’état de mes services. Il doit être au moins par duplicata dans les bureaux de la Marine, je pourrais donc me dispenser de les rappeler.

Mais quelques connus qu’ils soient, au moment d’une réforme cruelle qui ôte tout espoir à un grand nombre d’anciens officiers, qui n’ont eu d’autres buts dans le cours d’une pénible carrière que de recueillir un jour le fruit de leurs travaux par un avancement dû à leurs services ; pour éviter le malheur dont tous les chefs d’escadre sont également menacés, je crois devoir retracer ici un rapide et fidèle exposé des miens.

Mon silence dans cette occasion pourrait être regardé comme l’effet de l’indifférence ou même du dégoût, et servir de cause ou de prétexte à une injuste exclusion aux grades récemment déterminés et limités par l’Assemblée Nationale.

Je déclare donc, d’abord, que, malgré les fatigues du métier le plus dur, non interrompu pendant l’espace de quarante huit ans, je suis très en état de servir encore ; que, de plus j’en ai le désir et la volonté, et que, si mes services passés sont agréables à Sa Majesté, j’en offre et en demande la continuation.

Je sers depuis 1743, j’ai fait trois guerres, je passe rapidement, pour ne pas allonger ce mémoire, sur les détails de mes services dans les guerres de 1744, et dans celle de 1756 ; ils sont consignés dans les bureaux de la Marine. Je me bornerai à dire que subalterne alors je me suis trouvé aux actions les plus vives, entr’autres, à la malheureuse expédition sur l’Isle Angloise, dite l’Anguille, où nous perdîmes plus du tiers de notre monde, et la moitié des officiers ; à la défense du Sévern, mémorable dans les fastes de la Marine, j’y fus pris vers la fin de la guerre, en octobre 1747 ; je le fus encore dans la guerre suivante, sur le Prudent en 1758 ; dans toutes deux, toujours armé ou prisonnier, j’ai obtenu le suffrage de mes capitaines, comme dans la dernière guerre, en qualité de capitaine commandant, j’ai obtenu ceux de tous mes généraux.

Depuis 1777 jusqu’en juillet 1783, je n’ai pas été trois mois désarmé, passant sans interruption d’un commandement à un autre ; j’ai successivement commandé le Saint-Michel, le Dauphin Royal, le Protecteur, le Magnifique, la Couronne, le Pluton ; j’ai non seulement commandé ces vaisseaux dans différentes armées, mais des divisions dans ces armées ; et à leur rentrée, j’ai aussi commandé des divisions détachées pour diverses croisières, des escadres etc. ; et enfin chargé de l’important convoi destiné à ravitailler l’armée, à secourir nos Isles du Vent, alors dans la plus extrême détresse, je l’ai conduit sans aucune perte au port, à la vue de l’armée ennemie sortie à dessein de l’intercepter.

J’ai servi sous les ordres de MM d’ORVILLIERS, d’ESTAING, de la MOTTE-PIQUET, de GUICHEN ; sous ceux de Messieurs de GRASSE et de VAUDREUIL (voir ci-après leurs lettres et certificats).

J’ai toujours cherché le théâtre de la guerre ; je me suis trouvé partout, au combat d’Ouessant, à celui de la Grenade, à ceux de M. GUICHEN aux Antilles, à l’engagement du 9, et enfin à la déplorable journée du 12 avril 1782.

Dans le nombre des officiers de la marine qui ont très bien servi, pas un seul ne peut prétendre avoir servi plus continûment, ni avec plus de zèle ; et si l’on en juge par les lettres des ministres, par celles des généraux et surtout par les missions qui m’ont été confiées, on s’apercevra qu’aucun officier de mon grade n’en a reçu plus de témoignages de confiance.

Cependant, dans le nombre des grâces de tout genre distribuées depuis la paix, je me suis vu exclu de toutes, je n’ai pu même, malgré mes sollicitations, me faire employer : les escadres d’évolution ont été données à mes cadets : six ou sept d’entr’eux ont été décorés du cordon rouge, auquel mon ancienneté et mes services me donnaient droit de prétendre ; et si j’ai été fait chef d’escadre en 1784, c’est à mon rang et confondu dans la foule de ceux qui avaient ou n’avaient pas servi.

Désespéré de cette défaveur et d’une partialité aussi marquée, je présentai un mémoire en 1787, au principal ministre et à M. de la LUZERNE successeur du maréchal de CASTRIES à qui je fis part de cette démarche ; j’appuyai ce mémoire des lettres et certificats de tous les officiers généraux employés dans la dernière guerre ; et comme ils ne sont point exprimés suivant l’usage le plus ordinaire en termes vagues et insignifiants, qu’ils portent au contraire, sur des actions, des faits positifs, j’ai pensé que de tels suffrages réunis et aussi concluant de ces généraux, témoins oculaires, seraient ici à leur véritable place.

Si malgré cet exposé simple et les témoignages flatteurs qui en sont l’appui, les contre-amiraux à prendre dans les chefs d’escadre supprimés, étaient jugés aussi bien servi et méritaient sur moi la préférence, je n’aurai à me plaindre alors que du fort ou plutôt de la loi trop dure qui enchaînerait le zèle et la volonté d’un officier qui dans le cours de 48 années de service n’a cessé d’en donner des preuves, et qui est encore très en état de bien servir.

28 avril 1791 [signé MITHON]


Copie de la réponse de M. d’ORVILLIERS à M. de MITHON, Versailles le 4 décembre 1784.

J’ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire de la Corogne le 6 du mois dernier avec la relation du combat de M. de LIGONDES ; j’ai lu avec plaisir dans l’une et dans l’autre les bonnes manoeuvres qui vous ont occupé pendant votre croisière. Les mauvais temps que nous avons essuyés à Brest, pendant sa durée, nous ont inquiétés sur les risques que vous aviez à courir, et prévenus des fatigues que vous avez éprouvées......J’ai ouï dire ici que vous alliez changer de vaisseau ; je désire que les qualités et la force de celui qui vous est destiné établissent votre satisfaction. Je trouverai toute la mienne à pouvoir vous donner des preuves etc.. Signé d’ORVILLIERS


Dans une lettre datée de Saint Germain le 8 février 1781, le comte de GRASSE marquait au comte de MITHON combien il désirait qu’il accepta dans son escadre un vaisseau plus digne de lui, par l’estime, l’attachement et tous les autres sentiments qu’il lui avait inspiré étant sous ses ordres etc. .

Et dans un de ses mémoires au Conseil de guerre il y dit : M. de MITHON que j’estime et que j’aime, que j’ai toujours aimé, que j’aimerai encore, s’il n’avait cherché par lui ou les siens à se justifier à mes dépens. (Ces mots sont bien fort de la part de M. de GRASSE).


Lettre de M. le comte d’ESTAING

Je sortais, Monsieur, lorsque j’ai reçu la lettre dont vous m’avez honoré, et je rentre chez moi pour remplir un devoir ; il m’est honorable, mais en vérité, vous êtes au dessus d’une attestation, je ne veux pas retarder d’un instant l’hommage de la mienne, j’ai l’honneur de vous l’envoyer et je souhaite que mon suffrage vous paraisse une marque d’estime, de l’attachement et du respect avec lequel j’ai l’honneur d’être, Monsieur le Comte, votre très humble et très obéissant serviteur. Signé ESTAING.

Certificat du même

J’ai l’honneur de certifier que Monsieur le Comte de MITHON m’a toujours paru pendant le temps que j’ai servi avec lui, au dessus du besoin d’une attestation. Le vaisseau le Dauphin Royal qu’il commandait au combat de la Grenade, contribua avec gloire au succès des armes du Roi, et avait soutenu l’honneur du pavillon, lorsqu’ayant déradé, il courut un bord dans la baie, essuya le feu des batteries de canons et de mortiers des ennemis, vira vent devant, en se rapprochant et en y répondant autant que sa manoeuvre le lui permettait et revint prendre son poste au mouillage avec autant de talent que de bravoure ; j’ai eu pendant la campagne plusieurs occasions d’applaudir de même aux preuves que M. le Comte de MITHON en a données. A Paris ce 22 décembre 1787. Signé ESTAING.

Certificat de M. de GUICHEN

Nous, lieutenant général des armées navales, chevalier des ordres du Roi, certifions que M. de MITHON, alors capitaine de vaisseaux, a servi avec distinction dans plusieurs occasions sous nos ordres et spécialement aux Antilles, où il commandait le Dauphin Royal, que sa mauvaise situation l’avait contraint d’entrer au fort Royal pour y caréner, et que son ardeur pour suivre l’armée dont j’avais le commandement lui fit faire ce travail avec une activité si vive qu’il me rejoignit lorsque j’étais en présence de l’ennemi, prêt à combattre, huit jours après l’avoir laissé commencer son opération au carénage du fort Royal, et que dans la suite de la campagne, j’ai été, on ne peut plus satisfait de sa valeureuse conduite. En foi de quoi j’ai signé. A Morlaix ce 14 décembre 1787. Signé GUICHEN.

Certificat de M. de la MOTTE PIQUET

Nous lieutenant général des armées navales, Grand’Croix de l’ordre royal et militaire de Saint Louis, certifions à tous ceux qu’il appartiendra que Monsieur le comte de MITHON de GENOUILLY, chef d’escadre, a commandé le vaisseau du Roi le Dauphin Royal dans l’escadre à nos ordres aux Isles-du-Vent, qu’il y a toujours manoeuvré avec la plus grande distinction et notamment lors de ma retraite à la Guadeloupe où il fit voir une fermeté au dessus de tout éloge, en restant avec moi pendant tout le temps que je fus en présence des forces ennemies de beaucoup supérieures aux miennes, malgré le mauvais état de son vaisseau dont il n’était pas possible de boucher les voies d’eau à la mer, et l’ordre précis que je lui avais donné de relâcher à Saint-Domingue. Cette belle contenance ne contribua pas peu au salut de l’escadre, et mérita les éloges de l’amiral PARKER. En foi de quoi nous lui avons donné le présent certificat pour lui servir et valoir ainsi que de raison. Fait à Brest ce 14 décembre 1787. Signé La MOTTE PIQUET.

Certificat de M. le Marquis de VAUDREUIL

Ayant été pendant toute la dernière guerre témoin de la manière distinguée dont Monsieur le Comte de MITHON a servi, j’ai été indigné que M. le Comte de GRASSE l’attaqua aussi injustement dans le Conseil de guerre tenu à Lorient au sujet de la journée du 12 avril 1782, et j’ai cru devoir déclarer hautement ce que je pensais sur cet officier et lui rendre la justice qu’il méritait. Signé Le Marquis de VAUDREUIL

Je certifie que les lettres et témoignages transcrits à la fin de ce mémoire sont exactement conformes aux originaux que j’ai en main, le 28 avril 1791. MITHON "


ANNEXE 8

Mémoire sur la sortie des vaisseaux de Rochefort et sur la station de l’escadre anglaise dans nos rades

Les moyens projetés pour faire sortir les vaisseaux de la Charente, ne sont pas sans inconvénients, il est douteux que l’ennemi laisse tranquillement fortifier l’île d’Aix, et qu’il souffre sans opposition qu’on y établisse des batteries.

S’il s’y oppose, le succès de ce travail est très incertain, mais supposons que cet ouvrage soit achevé sans trouble, et que les canons soient mis heureusement en batterie.

Peut-on compter assez sur cette protection, doit-on la juger suffisante pour mettre nos vaisseaux qui seront par eux-mêmes sans défense à l’abri des tentatives de dix à douze vaisseaux bien armés.

Le raisonnement seul démontre la supériorité du feu des vaisseaux sur celui des batteries, celles dites à garbette ne sont pas tenables, et fait-on cette attention que celles à embrasures soit en terre ou en moellon ont cet inconvénient que trois ou quatre de leurs canons voient à peine la longueur d’un vaisseau qui peut en avoir jusqu'à quarante à riposter. Cette disparité fait présumer que le feu de ces batteries sera bientôt éteint, que les canons en seront en peu de temps démontés mais l’expérience et les faits confirment les conjectures.

L’exemple du fort Saint-Louis, la réduction plus récente de cette même île d’Aix, font mieux sentir que toutes les raisons, combien des vaisseaux sont redoutables aux batteries, aux forts mêmes qu’ils peuvent approcher.

Ces raisons d’accords avec les faits, laissent entrevoir à quoi l’on s’expose si les Anglais après avoir laissé fortifier ce port viennent y attaquer nos vaisseaux au moment que quelques uns d’eux seront occupés à embarquer leur artillerie.

Ne pourrait-on faire sortir les vaisseaux avec plus de sûreté et d’utilité, et entreprendre de détruire totalement l’escadre anglaise qui les bloque. Sa persévérante station dans les rades de chef de baie semble assurer l’exécution de ce projet.

L’Espagne aujourd’hui aussi intéressée que la France à affaiblir l’ennemi commun, contribuera sans résister à lui porter ce grand coup. Un échec aussi considérable dans le renouvellement de guerre serait sans doute l’époque de la décadence et des pertes de l’Angleterre et le commencement de nos succès, qui sont d’ordinaire enchaînés les uns aux autres.

On arme actuellement neuf vaisseaux au Ferrol.

Serait-il impossible d’en armer sept à Brest. On a les équipages des trois vaisseaux de retour des Indes, ceux du Robuste et de l’Eveillé. On peut désarmer des corsaires.

Cette campagne sera courte, une simple carène aux vaisseaux ramenés par M. de LEGUILLE, les mettra en état d’être employés à cette expédition, cet armement sera destiné en apparence à renforcer l’escadre de M. de BLENAC et à porter de nouveaux secours à la Martinique.

Pour cet effet les vaisseaux prendront au moins cinq mois de vivres et pour mieux donner le change, en outre des troupes de leur armement, on y fera embarquer un bataillon soit disant destiné à être transporté dans cette colonie menacée, on peut leur faire prendre bombes, boulets et autres munitions de guerre.

Si l’ennemi croise dans l’Iroise, il sera enjoint à celui à qui le commandement de cette escadre sera confiée, de passer par le raz pour dérober sa marche, en ouvrant ses paquets hors de la vue de terre, il y verra l’ordre de se rendre à la Corogne. Les deux vaisseaux qui restent dans la Vilaine seront armés en même temps et se rendront en droiture dans ce port.

On y trouvera les neufs vaisseaux espagnols, parés à faire voile, cette entreprise ayant été consentie par la Cour d’Espagne et concertée avec ses ministres, qui auront de leur côté employés les moyens les plus propres pour donner l’idée d’une expédition éloignée.

Cette escadre composée de dix huit vaisseaux, ou au moins de seize (si les deux de la Vilaine n’ont pu joindre) atterrera sur l’île d’Yeu ; elle ménagera sa voilure selon l’heure et le vent de façon qu’elle puisse tomber à la pointe du jour sur l’escadre anglaise. Les prasines [ ?] qui précédemment auront eu l’ordre de mouiller entre Enette et l’île d’Aix pourront aider de leurs canons et, favorisés du premier jusant, seconder utilement les vaisseaux malgré le vent contraire.

Ce vent qui les aura fait donner dans les pertuis, ne permettra pas à l’escadre anglaise d’en sortir, on doit espérer avec beaucoup d’apparence qu’il n’en échappera pas un vaisseau.

L’escadre de Rochefort déjà en rivière fera aussitôt son possible pour en sortir, pendant qu’elle achèvera de s’armer, l’armée combinée qui vient de la dégager s’occupera à se regréer et à réparer les dommages qu’elle aura pu souffrir dans le combat qui vu sa grande supériorité ne doivent pas être bien considérables. Si on avait des bâtiments et des bateaux plats ramassés à Dunkerque et des troupes prêtes à s’y embarquer, cette armée composée de 27 ou au moins 25 vaisseaux escorterait sans obstacle (qu’elle ne peut surmonter) ces troupes en Angleterre, en Ecosse ou en Islande selon le projet qu’on peut en former d’avance.

Si les circonstances ne sont pas propres à exécuter un grand projet de descente, rien ne s’oppose à ce que cette armée combinée n’aille tomber ou sur l’escadre anglaise qui croisera sur Ouessant ou même sur celle de l’amiral SACAINDERS, ce qui peut donner l’idée aux Espagnols de se préparer à faire le siège de Gibraltar.

Mais quand il ne résulterait d’autres avantages de cette entreprise que la destruction d’une escadre ennemie aussi considérable, et la sortie de nos vaisseaux ne dédommageraient ils pas des frais de cet armement. Ces deux objets méritent par leur importance qu’on sacrifie tout pour les remplir, et qu’on épuise tout l’art des négociations pour décider le ministre d’Espagne à y concourir.

Changy près Montargis, le 20 février 1762 ". [signé] MITHON.


ANNEXE 9

Sources

Archives Nationales :

*Fonds de la Marine

C1160-161

C1169

C1178

C1180

C1190

C7181

C7211

*Minutier central

XLIV/705

CV/1154

CV/1169

Archives Départementales du Loiret :

*Archives notariales (sous série 3E)

3E7934

3E13620-13634

3E13727-13728

3E13732-13750

3E18262

3E18379

3E18951

3E18954

*Documents entrés par voies extraordinaires (série J)

Fonds JARRY, 2J2140

*Documents de la période révolutionnaire (série L)

L1164

L1165

L suppl. 218

*Registres paroissiaux et d’état civil de Gy-les-Nonains

O Suppl. 136 GG 7 à 13

O Suppl. 136 E 1 à 2

*Registres de la municipalité de Canton de Château-Renard (période révolutionnaire)

1 Mi 383

Archives Départementales de Charente-Maritime :

*Etat civil de Rochefort

5 Mi 170/10

Archives Départementales de Seine-et-Marne :

*Archives notariales

Fonds CORDELIER, notaire à Faremoutiers : 98 E 55

Archives communales de Gy-les-Nonains :

*Registres de délibérations :

[cotes factices] 1D2-1D4

Bibliothèque Nationale :

*4-LH9-8 : Mémoire du comte de GRASSE sur le combat naval du 12 avril 1782, avec les plans des positions principales des armées respectives

*L1-6-LM : Jugement rendu par le Conseil de guerre extraordinaire de Marine tenu à Lorient par ordre du roi, 21 mai 1784

*4-FM-27767 : Consultation par Mme RIGAUT, née Adélaïde Caroline MITHON de GENOUILLY, et Melle Adélaïde Eléonore Gabrielle MITHON de GENOUILLY, sa sœur, concernant l’indemnité de Saint-Domingue, 1826

Bibliothèque municipale de Montargis :

*Fonds BOIVIN :

ms. 87.238


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