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Le moulin BARDIN
à Saint-Firmin-des-Vignes (Amilly)

par Gaston Leloup
Le texte intégrale de ce travail avec les pièces justificatives et de nombreuses illustrations est paru dans le n° 114 du bulletin de la Société d’Emulation de Montargis


Pour des générations de Montargois, le nom du Moulin Bardin, situé sur le Loing à deux kilomètres en amont de la ville, évoque le but d’une traditionnelle promenade le long du canal de Briare et le lieu où de nombreux personnes, avant la construction des piscines, ont pu apprendre et s’exercer à la natation dans une eau plus chaude que celle de la baignade du Loing. (Qu’il nous soit permis à ce propos d’évoquer la mémoire de M. Pigelet, professeur d’Anglais au collège, qui consacrait bénévolement ses loisirs à enseigner en ces lieux la natation à des générations de collégiens qui se souviennent tous de lui avec gratitude.)
De la déviation de la N7, dans le sens Nevers-Paris, le moulin apparaît aux yeux des automobilistes au moment où ils franchissent le pont sur le canal. La disposition des bâtiments étonne au premier abord par cette maison d’habitation et ce moulin séparés par le canal et reliés entre eux par une passerelle métallique débouchant à l’étage du moulin. Ce dernier, construit sur une étroite bande de terre entre le canal et le Loing, a cessé de fonctionner il y a une trentaine d’années et se trouve laissé à l’abandon.

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Origines

Les plus anciennes traces écrites qui le concernent remontent à 1505 mais son existence est bien antérieure. Cette ancienneté peut se déduire des faits qui vont suivre : le moulin dont l’ancien nom était avant le XVIème siècle “le moulin Pollemier” se composait en réalité de deux moulins, un à blé et un à tan, se tenant l’un à l’autre.
Le moulin à blé placé sur la rive ouest du Loing, côté St.Firmin, dépendait du prieur de Ste. Catherine de Mercy (à Pannes).
    Le moulin à tan était probablement en face sur la rive est et relevait des religieuses de St.Dominique.
    Or, ces deux communautés sont apparues dans notre région à la fin du XIIème siècle et au XIIIème siècle.
    Du prieuré de Flotin à Nibelle dépendaient Mercy à Pannes et le prieuré de la Mère Dieu à Amilly. ( Le prieuré de Flotin était lui même une fondation de moines de l’abbaye de Saint Jean de Sens.) Les Dominicaines fondées en 1242 reçurent en don la seigneurie d’Amilly.
    Comme ce fut le cas pour la plupart des autres moulins, leur construction qui nécéssitait un investissement important fut l’œuvre des seigneurs du lieu qui ensuite en faisaient bail directement à des meuniers ou les cédaient à charge de rente perpétuelle à des particuliers. On n’a aucun document écrit concernant ce moulin avant le XVIème siècle mais par des textes ultérieurs on sait qu’ils avaient tous les deux avaient été baillés à rente par leurs constructeurs.
    La Guerre de Cent Ans et son cortège de destructions amenèrent le seigneur dont il dépendait à consentir aux détenteurs des baux de très longue durée (baux emphytéotiques) à charge pour leurs preneurs de rebâtir et remettre en état de marche les moulins. Les durées étaient exprimées sous forme d’un certain nombre de vies, une vie étant comptée pour 33 ans, âge du Christ à sa mort.
Les deux moulins de St.Firmin subirent comme bien d’autres ces destructions.

Le moulin Bardin au XVIème siècle

Dans la transaction de 1505 est évoqué pour la première fois le moulin de Pollemier détenu par Pierre Bardin, sans autres précisions.
La famille Bardin était une riche famille montargoise qui compta dans ses rangs de nombreux hommes de loi et un concierge de la forêt de Paucourt en 1464. Un des premiers maires de Montargis fut Hiérome Bardin en 1594.
En 1524, Pierre Bardin est mort et son fils, Jean, avocat à Montargis passe un accord avec le prieur de Ste. Catherine de Mercy au sujet du moulin. On y apprend que le moulin est en ruines et que sa reconstruction coûterait très cher au prieur qui en possède le fonds et dont Pierre Bardin en a le bail à rente et à cens. En conséquence, le prieur qui aurait dû avoir la charge de la remise en état consent que Bardin jouisse du bail qui avait été fait à son père pour la vie durant de ce dernier et 59 ans après et y ajoute encore 3 vies et 59 ans après. Cela à condition de se charger de la reconstruction du moulin et de lui verser chaque année 24 sols 7 deniers de rente et 4 deniers parisis de cens.
Le travail de reconstruction avait d’ailleurs dû commencer bien avant car le 10 août 1524, Bardin loue pour 4 ans le moulin et 9 arpents de terre à Pierre Labbé, meunier à Montargis, pour 5 muids de grains (1/3 froment, 1/3 meteil, 1/3 mouture), plus 2 douzaines d’anguilles, 2 chapons, 2 poules, 2 canards par an. (A Montargis le muid valait 6 setiers ou 12 mines ou 48 boisseaux. Le boisseau de Montargis contenait 18,6 litres. 5 muids= 44,6 hectolitres).
Le fait d'être ainsi détenteur du moulin fut certainement une excellente affaire pour Bardin et son meunier car l’année suivante 1525 eut lieu le terrible incendie qui brûla totalement Montargis. Les quatre principaux moulins de la ville n’avaient pas été épargnés puisque d’après le procès-verbal de l’incendie, il n’en restait que les pieux enfoncés dans les rivières.
Le moulin Bardin ne dut pas manquer de travail pendant de longues années.
En 1537, dans un autre bail, fait par Bardin à Antoine Couldroy, il est précisé que le moulin a “droit de quête et bourgeoisie par toute la terre de Montcresson et au faubourg aux Moines jusqu’à la croix appelée la Croix noire seulement.” La terre de Montcresson, c’est à dire l’étendue de cette seigneurie, correspondait en gros à un vaste triangle dont la base était limitée par les paroisses de Montbouy et Pressigny et les côtés par le Loing et le Vernisson. Elle se terminait en pointe au faubourg de Montargis, actuel faubourg de Lyon.
La Croix noire existe encore, ou du moins une de celles qui lui ont succédé au même endroit. Elle se trouve à l’angle de la rue du Pont St.Roch et de la rue Coquillet (limite ancienne de Montargis et Amilly). A cette époque il existait un chemin qui, partant de là, permettait de se rendre de Montargis à St Firmin et au delà en évitant la route qui, desservant aussi le vignoble, empruntait la rude côte du Christ. Ce chemin bas suivait le pied de la falaise à l’emplacement de l’actuel canal et désservait le moulin Bardin. De là son prolongement, qui existe encore et à St Firmin, longeait le canal, aboutissait au carrefour, coupait l’actuelle route de Châtillon.et, par les Barres, Villeneuve, la Fosse, la Maison Rouge, Mocquepoix, se dirigeait vers Cortrat. La suppression, lors du creusement du canal, de la portion Montargis-moulin Bardin entraîna de gros désagréments pour les usagers et en particulier pour les meuniers et les propriétaires des prés, dont ceux de la Chize, qui n’en avaient plus l’accès. Aussi l’administration du canal fit construire le Pont St Roch et leur permit le passage par le chemin de halage.
Pierre Bardin est mort avant 1524. On connait trois de ses enfants : Pierre, Jean et Anne. Un partage des biens avait dû se faire entre eux : Jean ayant le moulin à blé, Pierre, lui aussi avocat, le moulin à tan et Anne, épouse de Jean Caillat, divers bâtiments. Ces derniers rétrocèdent, en 1525, à Jean Bardin la maison située dans la cour du moulin. Il existe un bail du moulin à blé en 1537 fait à Antoine Couldroy, meunier, qui jouissait déjà du moulin.(voir pièce annexe).
Le moulin à tan est de nouveau cité en 1550 : à l’occasion de son mariage, Jean Collier, fils d’un marchand tanneur, vend à Pierre Bardin la moitié des trois jours par mois dont il disposait au moulin Bardin, journées nécessaires à son industrie. Il était en effet fréquent que des tanneurs achètent au propriétaire d’un moulin à tan un droit d’utilisation d’une certaine durée pour pouvoir moudre leur tan. Ce droit pouvait se transmettre et persistait même si le moulin était hors d’usage, le propriétaire devant alors le rétablir pour en permettre l’utilisation ou bien racheter ce droit comme cela semble le cas ici.
La même année, 1550, Jean Bardin vend à Bertrand Saiget et à sa femme, nièce du vendeur l’ensemble des deux moulins et leurs dépendances pour 300 écus et 40 livres. L’acheteur fait faire d’importants travaux au moulin pour la somme de 1530 livres, il procède au partage de ses biens avec ses enfants en 1572. On connait 2 meuniers : en 1587, Jean Cousturier et Pierre Petit, son beau-frère et en 1600, Thomas Marlin.

Le moulin au début XVIIème siècle

Par voie de succession et de partage, les deux moulins passent à la fin du XVIème et au début du XVIIème siècles entre les mains de Jean Lecellyer, marchand à Orléans, pour le moulin à tan et de Laurent Lecellyer, lieutenant au bailliage de Boiscommun, demeurant à Montargis, pour le moulin à blé. Ce dernier rachète en 1608 le moulin à tan et reconstitue ainsi la propriété.
A cette époque commence le creusement du canal de Briare par l’entrepreneur Cosnier et le moulin à tan subit des dégradations évoquées dans un acte ultérieur de 1639.
En 1615, Mtre. Laurent Lecellyer vend le moulin à tan à Henri de Birat, écuyer, sieur de la Chize et de Lisledon, maître d’hôtel ordinaire du Roi.
La famille de Birat, d’origine italienne, apparait à Montargis vers 1580 sans doute faisait elle partie de l’entourage d’Anne d’Este, duchesse de Nemours et dame de Montargis. Le premier connu en notre ville, Georges de Birat, époux de Geneviève Polle, acquiert le fief de la Chize, vaste ensemble de prairies situé à l’est du Loing entre Montargis et St Firmin des Vignes, Il résidait dans un hôtel situé à l’emplacement du Collège du Chinchon et devint maire de Montargis de 1590 à 1592. Son fils Henri de Birat fit construire le château de Lisledon à Villemandeur et dès 1625, il entreprend des démarches pour acquérir les droits que possède le prieur de Mercy sur le moulin à blé. Après six années de procédures, en 1631, une adjudication et vente de la place du moulin sont faites à de Birat par les subdélégués du clergé de Sens dont dépend le prieuré.
Pendant les deux années suivantes il fait rebâtir entierement le moulin à blé : charpentiers, maréchal pour les ferrures, maçons-tailleurs de pierre sont à l’œuvre, le système d’amenée d’eau est curé et élargi. Deux nouvelles meules sont posées. L’ensemble des travaux et des matériaux revient à 4295 livres.

Vente aux Seigneurs du Canal de Loire en Seine

Les travaux de creusement du canal de Briare entrepris par l’ingénieur Cosnier en 1604 furent interrompus un an après la mort d’Henri IV. Il restait pour le terminer à creuser la portion comprise entre Montcresson et Montargis, soit une douzaine de kilomètres. En 1635, trois hommes, Guillaume et François Boutheroue, le premier receveur des Tailles à Baugency, le second marchand à Orléans, et Jacques Guyon, receveur des Tailles de l’Election de Montargis, étudièrent la possibilité de reprendre le chantier laissé à l’abandon. Ayant obtenu du roi les lettres patentes d’autorisation en septembre 1638, ils se mirent aussitôt à l’ouvrage. C’est pourquoi ils acquérirent le Ier juin 1639, d’Henri de Birat, les moulins à blé et à tan appelés le moulin Bardin. Dans l’acte de vente sont inclus en outre les bâtiments du bas dont jouissent les meuniers, les bâtiments du haut et de la cour, tant du côté de la rivière que du chemin, ainsi que le colombier et le jardin.
Un début de travaux avait sans doute été effectué par Cosnier en cet endroit car il est précisé que sont aussi vendues les pâtures, attenant au jardin, qui se trouvent entre la rivière et le long du canal ébauché 30 ans auparavant. Les acheteurs devront également s’acquitter des indemnités dues pour la dégradation causée par ces anciens travaux. Birat précise que les seigneurs du canal pourront dès à présent “faire passer le canal à travers la cour, démolir la maison où est à présent le meunier ensemble le moulin à tan ou partye d’iceluy pour l’advencement des ouvrages du canal”.
Le tout, avec 6 quartiers de terre entre le chemin et le canal et 5 quartiers de prés, est vendu 7000 livres tournois, plus les 242 livres pour les dommages faits et héritages pris par Cosnier.
Le 18 juillet 1641, le vendeur qui curieusement a modifié son nom et signe maintenant de Birague, reçoit le payement de la vente.

La compagnie des Seigneurs du Canal de Briare, société par actions, va demeurer propriétaire du moulin Bardin pendant 220 ans.
Parmi les meuniers on connait en 1654 Claude puis David Chaumerat qui le restera jusqu’en 1659 pour être ensuite remplacé par Jean Corjon. Ce dernier a un compagnon meunier, Gabriel Chevallier. La vie était dure et il doit placer son fils agé de 9 ans pour être nourri et logé chez Jean Jolly, un vigneron de la Mère-Dieu à Amilly. Il paiera 6 livres par an les trois première années et rien les deux suivantes, ce qui signifie que l’enfant de 12 ans servira comme domestique.
En 1664 Corjon quitte le moulin et prend l’important moulin à blé de Crévecœur à Montargis. (Le moulin de Crévecœur était situé à l’extémité de l’actuelle rue Girodet sur le bras de rivière qui bordait la place côté Collège et qui maintenant coule en souterrain.) Jacques Guyon , écuyer, Sr du Chesnoy, un des seigneurs du Canal de Loire en Seine, fils de l’acheteur de 1639, fait alors bail pour 6 ans et 450 livres par an des deux moulins à blé et à tan à Nicolas Simon qui tenait jusqu’alors un moulin de La Cour Marigny. (Jacques Guyon (1626-1676) venait d’épouser en cette année 1664 Jeanne Bouvier de la Motte agée de 16 ans et qui deviendra la célébre Madame Guyon.) Pour la première fois il est fait mention d’un pont-levis qui, par desus le canal, fait communiquer les bâtiments d’habitation et les moulins ainsi que de l’obligation faite au preneur d’y laisser le passage libre pour aller et venir et de lever le pont soit pour la navigation ou autrement. La prisée de l’équipement des moulins est faite par Mathurin Chevalier meunier au Moulin de Tour, longuement étudié dans le travail sur les moulins de Montcresson et Etienne Desrues, meunier au moulin du Pissot (Pisserot) à Noyer. (Leloup Huguette : Les Moulins de Montcresson. Bul de la Société d’Emulation N° 95 à 98).
Les anguilles devaient être nombreuses dans le Loing et en particulier autour des moulins car en 1666 Simon s’engage à fournir à un marchand bourgeois de Paris toutes les anguilles qu’il prendra dans le bied du moulin pour 50 sols la douzaine. Les livraisons de poissons de Montargis à Paris était effectuées dans des bateaux viviers appellés “boutiques”. L’année suivante, nouvel engagement de livrer à Suard, marchand de poissons de Montargis, toutes les anguilles “qu’il pourra prendre vives et nettes dans les paniers qu’il tendra devant et derrière le Moulin Bardin”.
En 1668, début décembre le moulin à tan brûle et Jean Guyon autorise Simon, le meunier, de se fournir de bois dans les magasins du canal pour la reconstruction, à charge de le rendre.
En 1670, un nouveau meunier, Jean Varaine (sic) qui vient du moulin Tespon, sur la Bezonde, à Ouzouer sous Bellegarde, prend à bail le moulin Bardin pour trois ans et 400 livres par an. Dans les clauses il est précisé qu’il devra rendre le colombier bien garni de pigeons comme il lui sera baillé et que demeureront les pigeonneaux en provenant aux seigneurs du canal. La prisée du moulin est encore effectuée par Mathurin Chevalier du moulin de Tour et Jean Monthereau, meuniers.
. Propriétaire du moulin Tespon, il le loue à Pierre Guérin, laboureur à Ouzouer pour 115 livres par an. Des difficultés ont dû surgir l’année suivante avec les meuniers de Montargis, sans doute, au sujet du droit de quête des grains mais il décède cette même année, en 1671 et les meuniers de Montargis abandonnent le procès.
En 1672, le moulin est abandonné par la veuve de Jean Varenne (sic) et le receveur des droits des seigneurs du canal, Sébastien Porcheron, marchand à Montargis “pour en éviter le dépérissement” le loue à Louis Deschamps, meunier au moulin de Langlée à Châlette, pour 300 livres par an.
On peut remarquer que, depuis l’acquisition par le canal, les loyers du moulin sont toujours exprimés en argent et il est toujours réclamé des personnes solvables en caution à la signature du bail.
Six ans plus tard, en 1678, le même Porcheron loue le moulin à Jean Corjon, meunier du moulin de Létumier. Ce moulin qui a pris plus tard le nom de moulin aux Rats puis de l’Étoile, se trouvait rue Dorée où se trouve actuellement la librairie de l’Étoile.
L’épouse de Jean Corjon, Anne Bourgoin, devenue veuve reprend le moulin ; le bail lui est consenti par Antoine Rochon, directeur général du canal, demeurant au château de Briare, pour 300 livres par an.
En 1688, un nommé Jean Corneau est cité comme meunier au moulin Bardin.
En 1695, René Gaillard, seigneur de Charentonneau, l’un des seigneurs du canal de Briare, demeurant à Paris,fait bail du moulin, pour 300 livres par an, à Nicolas Gigert, et Suzanne Lioret, sa femme. On peut noter que cette dernière est veuve de Louis Corjon, meunier au moulin Bardin, sans doute un fils de Jean Corjon, ancien meunier lui aussi. Ces Corjon étaient une veritable dynastie de meuniers puisque la même année on trouve au moulin de Létumier un Antoine Corjon et au moulin de la Pêcherie un autrre Jean Corjon.
En 1700, nouveau bail fait pour 9 ans et 230 livres par an, à Jean Deschamps, meunier au moulin du Thil à Montcresson. On constate d’une part que la baisse des loyers est importante de 450 livres depuis l’achat par le Canal aux 230 livres et d’autre part que la durée du bail s’allonge assurant ainsi aux meuniers une garantie en cas de moindre profit, ce qui dut être le cas dans la période de crise de1690-1700. On peut aussi remarquer que les familles de meuniers se retrouvent de génération en génération dans les moulins de la région montargoise.
En 1727, on retrouve un nouveau Jean Corjon, meunier au moulin Bardin qui en reoprend le bail pour 9 ans et 300 livres par an, l’augmentation de la location prouve que la situation s’est améliorée après la grande crise de 1709-1710. Le précédent meunier était Jean Deschamps, son beau-père.
En 1735, un autre Corjon, Joseph, est devenu meunier du moulin Bardin et, avec Louise Corjon, veuve Darby, qui est “sous-fermière” (locataire) des moulins de Montargis, ils vendent au duc d’Orléans une maison qu’ils possèdent, rue du Palais, à Montargis.
A la suite de la construction en 1710 à Montargis de l’important moulin à tan par une société de cinq tanneurs dans la rue qui porte désormais son nom, celui du moulin Bardin dut disparaître.

    En 1744, le moulin fut le théatre d’une tragédie qui se produisit sur le canal le jour de la fête patronale de Saint Firmin. Ce drame a si fortement frappé l’opinion que le greffier de la ville de Montargis a écrit à cette date dans le registre de délibération du Conseil de Ville le texte qui suit :
    “Le 12 juillet mil sept cens quarante quatre environ les deux heures après midy, vingt cinq personne allant à la valterie de St Firmin dans un petit bateau couvert trainé par un cheval ; ce petit bateau a tourné sans dessus dessous près le moulin Bardin, il y a eu neuf personnes de noyées, scavoir le fils de Nicolas Filledier, voiturier par eau, agé de vingt cinq ans, une petite Suard, sa nièce agée de douze ans, deux enfans d’Estienne Bruneau, marinier, un fils agé de dix huit ans et une fille agée de vingt deux ; deux filles de Demarque, aussi voiturier par eau, dont l’une est agée de vingt cinq ans et l’autre d’unze à douze, une fille du Sr Lahoussois Longboyau, marchand de bestiaux, agée de dix neuf ans, une fille de Landois, marinier, agée de treize à quatorze ans et la fille de Nicolas Girault, maréchal, faubourg de la Conception, agée de quinze à seize ans, ouverts et enterrés le lendemain à St Firmin, tous les autres ont eu beaucoup de peine à se sauver.”(Archives de Montargis BB14 )

    Une croix fut érigée sur le lieu du drame en aval du moulin, à environ 80 métres, entre le chemin de halage et le Loing. Brisée à une époque indéterminée, on peut encore voir son socle de pierre où est scellé la base de la tige de fer (Photo)

Les propriétés de la compagnie du canal de Briare passèrent le cap de la Révolution sans dommages et la location et l’exploitation du moulin à blé se poursuivirent jusqu’en 1860.
Le pont levis qui permettait aux meuniers et aux usagers des prés de se rendre du contre halage au chemin de halage fut remplacé par un pont tournant, peut-être au moment de la réfection du canal de 1830.
C’est 15 mai 1860, 3 mois avant la prise de possession du canal par l’État, en août 1860 que la Compagnie du Canal de Briare vend, pour 28 000 francs, le moulin Bardin au meunier en exercice Jean Auguste Trochet et à Julienne Augustine Dumesny, son épouse.

Le moulin fut entièrement reconstruit à la fin du 19ème siècle et reçut alors tous les perfectionnements techniques de l’époque, dont le remplacement des meules par des cylindres métalliques.
    La rénovation totale du canal et son élargissement en 1889 entraîna la suppression du pont tournant et de ses servitudes pour le meunier par la construction de la passerelle privée qui fait communiquer la maison d’habitation au moulin. Le pont routier en amont destiné à permettre la desserte par les usagers du chemin de halage est sans doute de la même époque.
Parmi les meuniers qui se succédèrent au début du 20ème siècle, on relève dans les “Almanach du Gâtinais”, les noms de Lavy et Guitard. Ce dernier, en 1919, racheta le moulin à la famille Trochet et, après lui, son fils assura la marche de l’entreprise jusqu’à ce qu’elle cesse son activité en 19737 .
    La roue hydraulique aurait eu 2,5m de large et 6m de haut. La chute de 2m fournissait une puissance de 60CV .
    Totalement abandonnée, la partie de la propriété affectée au moulin, située entre le canal et le Loing, semble malheureusement vouée à la ruine dans un avenir prochain s’il n’est pas trouvé un usage aux bâtiments.

Nous remercions Mme Denise Guitard, fille de Mr. Guitard, l’acheteur de 1919, qui a bien voulu nous fournir une partie de ces renseignements.


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