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Rigault de Genouilly 5c.JPG (36300 octets)  

On a retrouvé l'amiral Rigault de Genouilly !

 

par Gilbert Baumgartner
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Cet article est extrait du Bulletin de la Société d'Emulation N°118, 2002


Charles Rigault de Genouilly, ministre de la marine de Napoléon III, est mort le 4 mai 1873. Cet amiral avait des liens étroits avec le Gâtinais, dont nous reparlerons dans un prochain bulletin. (1)  Mais la recherche de sa biographie est elle-même un véritable roman à rebondissements.

La notice biographique du Larousse Universel du XXe siècle indique bien qu’il est né à Rochefort le 12 avril 1807, mais ne donne aucun lieu de décès. La vénérable Encyclopaedia Britannica indique : " died May 4, 1874, Barcelona ". Ce lieu de décès en Espagne est confirmé par le Dictionnaire des ministres. L’indication est plausible ; elle accréditerait l’attachement de l’amiral pour la famille impériale, qui, après 1870, a suivi Eugénie de Montijo en Angleterre et en Espagne.

L’amiral était aussi sénateur, et les archives du Sénat s’en tiennent au Dictionnaire Universel des Contemporains de G. Vapereau qui indique, dans une première édition, " qu’il se retira en Espagne où il mourut ", mais qui rectifie, dans la 6e édition de 1893, en précisant qu’en fait il est mort… à Nice !

Enfin, dernière en date, la biographie parue dans le Dictionnaire du Second Empire de Jean Tulard mentionne son décès… à Paris. Eric Labayle reprend cette indication dans la notice publiée sur le site Internet Histoire.org.

Barcelone, Nice, Paris : c’est trop pour un seul homme !

Avant d’affronter la barrière linguistique d’une recherche en Espagne (2), commençons par la France. Aux cimetières de Nice, nulle trace : absence ou archives lacunaires ? Au cimetière du Père-Lachaise à Paris, nulle trace. Le conservateur du Père-Lachaise interroge les 19 autres cimetières parisiens : aucune trace de l’amiral à Paris. L’hypothèse de Barcelone semble se préciser, par élimination. Restent les archives de la Marine à Vincennes. Notre envoyée spéciale (3) découvre, dans le dossier " Rigault de Genouilly ", que les pièces concernant les obsèques ont été retirées, une simple note en rouge indiquant qu’elles " ont été placées ailleurs " - mais personne ne sait où ! Cela sent le complot, la conspiration : quel secret politique veut-on nous cacher ? Le cadavre de l’amiral serait-il encombrant ? Pour qui ?

Le dossier de Vincennes donne les références des  Annales du sauvetage, dont Rigault de Genouilly était président, et d’une nécrologie parue dans l’Illustration du 17 mai 1873. On apprend enfin, dans ces deux articles, que Rigault de Genouilly " succomba à Paris le dimanche 4 mai à 4 h du soir. Ses obsèques ont été célébrées aux frais de l’Etat le 9 mai à l’église des Invalides ", et que, selon ses dernières volontés, il a été inhumé à Rochefort (Charente Inférieure), sa ville natale.

Le feuilleton s’arrête-t-il là ? Après toutes ces tribulations d’un cadavre, il reste à vérifier si la tombe de l’amiral se trouve bien au cimetière de Rochefort. Peut-être pourrions-nous compter sur un lecteur de ce bulletin pour le confirmer ? Il serait intéressant, aussi, de connaître les raisons des erreurs sur Barcelone et Nice. Confusion avec un autre dignitaire du Second Empire ? Ou nécessité de brouiller les pistes ?

En tout cas, une leçon : se méfier des indications biographiques, même lorsqu’elles ne sont qu’à 130 ans de distance. Une erreur répétée ne devient pas une vérité. S’il est normal de rencontrer ce problème avec la biographie, par exemple, d’une fille de Charlemagne, il est tout de même étonnant de devoir faire preuve de la même suspicion avec des archives récentes. A moins que la dissimulation soit intentionnelle, ce qui serait encore de l’Histoire !

Notes :

1. Sur l’ascendance de Rigault de Genouilly, voir l’article de Frédéric Pige, Aux portes des Amériques : Gy-les-Nonains ou la vie de Claude Mithon de Genouilly, seigneur de Gy-les-Nonains et chef d’escadre, BSEM n°114, décembre 2000.
2. L’émulation n’étant pas un vain mot dans notre Société, je remercie Gisèle Mazel pour sa proposition de mission d’exploration à Barcelone.
3. Notre " envoyée spéciale " à Vincennes est Annette Deleyrolle. Qu’elle soit, ici, chaleureusement remerciée pour son travail et son talent de fin limier.


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